Restituant très bien à l’image la dureté de ces temps où l’homme est confronté, en dehors des guerres, à la rigueur des hivers, et à la violence des relations sociales, ce film est aussi une manière de montrer comment, en « devenant » homme, Rose conquiert une forme de liberté dans une société très patriarcale : on le voit notamment dans les relations avec son futur beau-père. Comme le dit le cinéaste : « Face aux normes rigides de son époque, elle commence à écrire sa propre histoire. » Et dans la mesure le film dit très peu de choses sur le parcours de Rose, ce personnage prend alors une portée universelle.
Pour incarner une tel « homme », il fallait une actrice de haut vol : Sandra Hüller, visage buriné par le froid, marqué par les guerres, prouve une fois encore l’étendue de son talent et la subtilité de son jeu. Et, avec Rose, elle compose un personnage double qui peut se montrer violente, mentir… Face à elle, le casting est des plus convaincants et Sven-Eric Bechtolf compose un juge qui a le sens du verbe.
In fine, Rose dit aussi un mal qui ressurgit à notre époque et envahit le champ du politique : la peur de l’étranger.
