CINÉMA : MERCREDI 2 SEPTEMBRE 2026
SALVATION, de Emin Alper – 2h00
Drame avec Caner Cindoruk, Berkay Ateş, Feyyaz Duman
Score : 4/5
Le scénario
Deux villages turcs, l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine. Quand les habitants du bas, exilés, décident de revenir sur leurs terres, des conflits ancestraux ressurgissent avec ceux du haut. Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s’exacerbent, mettant en péril la fragile cohabitation des deux communautés.
Mon avis –
L’affiche du film restitue bien l’atmosphère âpre de l’histoire dans le décor austère de régions reculées de Turquie. Une histoire inspirée d’un fait divers survenu en 2009 dans le sud-est du pays, dans un village kurde, où un groupe de gardiens du village ont fait une hécatombe lors d’une cérémonie de mariage. Emin Alper a décidé de s’en inspirer pour une raison simple : « Ce qui m’a convaincu de faire ce film, c’est que non seulement mon pays, mais aussi de nombreux autres dans le monde, y compris les États-Unis, sont en train de devenir des sociétés génocidaires. Ce que je veux dire, c’est que l’animosité envers les minorités atteint un tel niveau que les politiciens populistes de droite vont presque jusqu’à présenter l’élimination de certains minorités comme une condition nécessaire à la libération du salut de leur peuple. »
Et, ici, l’étranger est le voisin immédiat qui suscite un regain de violence étonnant avec un patriarcat qui s’impose par la force. Et le film montre très bien comment les luttes de clan, l’emprise religieuse, et une forme de paranoïa poussent une si petite communauté vers une sorte de folie collective. En toile de fond, il y a aussi, pour qui est un peu sensible à l’histoire turque, la question du peuple kurde qui lutte face au pouvoir d’Ankara et pour défendre leur indépendance. On le voit bien avec ces « gardes de village » qui ont été créés par l’armée comme force auxiliaire, devant la difficulté d’opérer dans des régions montagneuses, en recrutant certains villageois, arabophones et même kurdes, hostiles au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Des auxiliaires qu’il est parfois difficile de contrôler…

