HOMMAGE
Son épouse, ses enfants et petits-enfants lui ont souhaité « latcho drom », expression tzigane signifiant « bonne route ». Disparu aujourd’hui, Tony Gatlif, en partie kabyle d’origine, mais manouche de cœur, a marqué le cinéma d’histoires empreintes de liberté et baignées de musiques. Un cinéma sans frontières.
En quelques 25 films, Tony Gatlif a signé des films qui célébraient la route, la découverte d’autrui, tout l’inverse du monde défini aujourd’hui par certains politiciens. Certains de ses films sont devenus des classiques, que ce soit Gadjo Dilo (L’Étranger fou), son film sans doute le plus connu(1997) ou Exils, qui remporte le prix de la mise en scène au Festival de Cannes, en 2004. Sans oublier un petit bijou Latcho Drom, une ode à l’épopée du peuple rom dans un film qui retrace l’histoire des Roms uniquement par la musique, le chant et la danse.
Pourtant, rien ne le prédestinait à faire une telle carrière artistique ce garçon qui était né en Algérie sous le nom de Michel Boualem Dahmani, fruit de l’union d’un père kabyle et d’une mère gitane le 10 septembre 1948. Après son départ d’Algérie en 1962, il avait en effet connu l’errance et la violence et s’était déniché ce nom, vers l’âge de 12 ans, lors d’un contrôle de police : il avait récupéré le nom du parc Gatlif, à Alger, pour éviter d’être renvoyé dans son pays natal.
C’est d’avoir été, sur décision de justice, envoyé en Camargue, après un séjour en maison de correction, qu’il a changé radicalement. En 2001, il déclarait à l’AFP : Avant j’étais violent, il ne fallait pas me toucher, j’étais un mauvais garçon (…), je n’écoutais personne, pour moi, les grands, tous les gens, étaient des ennemis. Du moment où j’ai mis pied en Camargue, j’ai commencé à écouter, et ça tient au respect avec lequel les gens me parlaient, sans préjugé. »
Sur grand écran, la musique a toujours compté dans ses histoires. Ainsi Gadjo Dilo est un magnifique hommage à la musique tzigane, et raconte la quête d’un jeune homme très idéaliste – un des rôles forts de Romain Duris- qui file sur les traces d’une chanteuse retrouvée dans un camp tzigane en Roumanie. Pour la réalisateur, cette musique crie la peur et la douleur d’un peuple qui a mal à son âme ». Dans le très émouvant Liberté, en 2009, il avait évoqué avec subtilité le génocide tsigane.

