Au pays des filmographies éphémères…

ESSAI
Julien Jouanneau a eu une idée originale : réunir dans un volume des récits de tournages interrompus, de scénarios enterrés faute de financement, et d’acteurs(trices) qui ont raté un projet d’envergure. Ces films français que vous ne verrez jamais (*), est un ouvrage que l’on peut découvrir par n’importe quel bout et qui témoigne bien des aléas de la vie d’artiste et de l’énergie nécessaire à construire un bon scénario et à financer un film.

Cinéphile et romancier, Julien Jouanneau (ci-dessous) a le sens des récits rythmés et nourris de bien des anecdotes. Dans Ces films français que vous ne verrez jamais, il évoque bien des projets qui auraient pu accoucher de films marquants pour le 7e Art. Un Avatar à la française signé Louis Malle. Jean-Paul Belmondo dans le rôle d’un enchanteur. Harrison Ford chez Agnès Varda. Louis de Funès confronté à des gendarmes fantômes. Un Apocalypse Now avec Jacques Brel. Alain Delon au soir de sa vie dans La Maison vide, de Patrice Leconte. Maurice Pialat réalisant une invasion extraterrestre. Christophe Colomb raconté par Abel Gance. Coluche en prophète burlesque.  Dans la préface, Patrice Leconte souligne : « Il est émouvant de plonger dans ces projets inaboutis, de se promener dans le salon des filmographies éphémères. »

Le classement thématique choisi par l’auteur – des « Écrans fantastiques » aux « Biopics à vif » en passant par « C’est la crise » – permet de picorer des informations à sa guise et au gré de ses goûts dans une lecture en toute liberté. Et l’on a parfois des surprises. Ainsi, si la disparition de Louis de Funès a mis un terme au projet Tambours et trompettes, dans lequel Patrice Leconte en faisait un imprésario véreux et jouant du piano, accompagné par le Grand Orchestre du Splendid ! Et le cinéaste se souvient : « Le projet le séduit, vraiment ! D’une part, il connaît le Grand Orchestre du Splendid. De l’autre, jouer dans un film en grande partie musical, ça plaît à ce pianiste. »

Plus avant, on découvre comment Maurice Pialat rêvait de tourner un film fantastique et comment son Oiseau blanc était construit autour d’un nuage au pouvoir surnaturel et « avale » un avion. Et que dire du projet d’un Patrice Chéreau qui voulait revisiter Les Trois Mousquetaires, mais dans l’esprit d’un Barry Lyndon made in France ? C’est sûr que le réalisateur de La Reine Margot avait le talent nécessaire pour sortir de l’adaptation convenue et si souvent montrée. Il voulait même, écrit l’auteur, que « le Paris de Dumas ressemble au Beyrouth contemporain, alors en guerre civile. »

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