L’odyssée de ces enfants perdus du vieil Empire, à la recherche d’une figure maternelle mais à la recherche aussi d’une sexualité active, même si c’est avec une travailleuse du sexe, tire ce film à la sombre beauté vers la tragédie antique où les guerriers font pâle figure quand apparaît la femme. Et l’ambiguïté de la prostituée qui est « payée » pour faire oublier aux recrues les pesanteurs du quotidien et l’autorité de leur gradé suscite une séquence des plus surréalistes dans une atmosphère de moiteur.
Prisonniers de ce no man’s land dans une atmosphère où l’étrange le dispute au fantastique – la photographie signée Vasco Viana est réussie, notamment dans les atmosphères nocturnes – ce drame est une vision d’une poésie mélancolique sur les ravages du colonialisme et le sort des soldats embarqués dans de telles conquêtes vouées, dès le départ, à l’échec. Pour autant, la stylisation de la violence et un côté énigmatique du film peut en détourner plus d’un.
