Dès ce film, Eisenstein affirme son style, notamment avec la juxtaposition de plans larges, qui évoquent le collectif de ces masses opprimées (dans la séquence d’hommage sur la digue par exemple ou celle des voiliers accompagnant le fameux cuirassé) et des plans plus serrés sur des objets métaphoriques (une simple trompette) ou des visages qui expriment aussi bien les désarrois individuels (une mère qui a perdu son fils) que les colères et l’instinct de révolte (dans le moment d’inspection de la viande avariée). Et quand Eisenstein capte le visage du Pope sur le cuirassé, sa manière de saisir son regard fuyant et cruel en dit long sur la compromission du pouvoir religieux avec les autorités tsaristes et l’hostilité du cinéaste au pouvoir religieux. Une autre curiosité est de voir flotter un drapeau rouge à quelques reprises en haut du mat du navire : pour obtenir l’effet, 108 images furent colorées à la main !
À cause de son engagement, Le Cuirassé Potemkine fut visionné en France seulement en 1927 avant que d’être interdit par la censure pendant 27 ans et il ne connaître qu’une diffusion réduite dans le monde, via des ciné-clubs notamment. Quand le film sortira dans les années 50 en Europe, Eisenstein avait déjà disparu : il est mort à l’âge de 50 ans, en février 1948.
Si le nouvelle musique originale du duo pop de la pop britannique a de quoi attirer un public plus jeune, elle a tendance parfois à surligner des séquences dont la puissance visuelle suffisait en elle-même, notamment durant la révolte des marins. Pour autant, le chef d’œuvre original procure le même choc.
