Un film qui donna lieu à bien des réactions selon les époques. Considéré à sa sortie comme un film de gauche, vantant le rapprochement des peuples, il sera, après 1945, critiqué par certains ; ainsi, Les gestes d’amitié entre soldats français et allemands sont alors vus comme annonciateurs du régime de Vichy et comme une invitation à la collaboration. Quand il passa au Festival de Venise, il ne reçut que le prix de la Meilleure contribution artistique, et, malgré tout, cette distinction provoqua la colère des autorités mussoliniennes et des nazis. Et La Grande Illusion fut censuré en Italie comme en Allemagne.
In fine, ce petit chef d’œuvre est une histoire humaniste et pacifiste avec l’échange final souvent évoqué. À Maréchal qui lui lance: « Il faut bien qu’on la finisse cette putain de guerre… en espérant que c’est la dernière. », Rosenthal réplique : « Ah, tu te fais des illusions ! ». Un film à la photographie magnifique signée Christian Matras.
Après l’interdiction du film en France à partir de 1940 pour son absence d’idéologie patriotique, Renoir décida de le modifier un peu. En 1946, il coupa ainsi une scène d’amour entre Jean Gabin et Dita Parlo – un couple formé par un Français et une Allemande pouvait heurter après l’Occupation – et une autre où le personnage juif de Rosenthal donnait un morceau de chocolat à une sentinelle allemande, ce qui aurait pu paraître comme antisémite. Une chose est sûre : ce film fait partie des incontournables du 7e Art.
