Le film se déroule en deux parties, la rencontre entre le journaliste, assez sceptique au début – après tout ce n’est qu’un roman affirme-t-il ! – et Haroun ; puis viennent les flash-backs, en noir et blanc. Haroun n’est alors qu’un jeune garçon lorsque son frère a été tué sur la plage. Une banale rivalité pour une fille. Haroun grandit auprès de sa mère ; le temps de la décolonisation a fait son œuvre, partout l’on accroche des drapeaux algériens. Une employée du cadastre lui offre plusieurs romans, dont L’Étranger. Il dévore l’ouvrage et reconnaît dans « l’Arabe » tué son frère. Il n’a pas de nom, Camus écrit vingt-deux fois le mot « arabe » pour le qualifier, point final.
Il s’agit alors d’un devoir de mémoire pour Haroun : sortir Moussa de l’ombre dans laquelle il est demeuré depuis plus de cinquante ans. Ne plus le réduire à un état d’objet. Le récit a pour toile de fond la décolonisation et le départ des Français d’Algérie, et évoque la « décennie noire » dans les années 90, désignant la guerre civile entre les forces de l’État et différents groupes armés islamistes, causant entre 100 à 200 000 morts.
Au scénario, on retrouve Jacques Fieschi (natif d’Oran), qui a collaboré à l’écriture des films de Pialat, Sautet, mais aussi à ceux de Nicole Garcia (elle aussi née à Oran), Jalil Lespert, Anne Fontaine et, plus récemment, à ceux de Xavier Giannoli (Illusions perdues, Les Rayons et les Ombres).
Derrière la caméra, Ahmed Benaïssa interprète Haroun, pour sa dernière apparition à l’écran. L’acteur est décédé en 2022, lors de la présentation du film Goutte d’or au Festival de Cannes. Dali Benssalah, l’acteur qui monte (Je verrai toujours vos visages et prochainement Le Lièvre), compose un Haroun – jeune homme – très convaincant, torturé et manipulé par une mère habitée par la vengeance. Hiam Abbass (la mère, donc), star internationale (quatre films en 2026), s’y révèle surprenante, elle offre aux spectateurs un visage et des expressions qu’on ne lui connaissait pas encore.
Véronique Regoudy-Bazaia
