La tragédie du racisme

CINÉMA : MERCREDI 22 JUILLET 2026

GAVAGAI, de Ulrich Köhler – 1h31

Comédie dramatique avec Nathalie Richard, Jean-Christophe Folly, Maren Eggert

Score : 4/5

Le scénario

Au cours du tournage chaotique d’une adaptation de Médée au Sénégal, l’actrice allemande Maja trouve refuge dans une liaison avec son partenaire Nourou. Quelques mois plus tard, ils se retrouvent à la première du film à Berlin. Les sentiments refont surface, mais un incident raciste vient troubler leurs retrouvailles. Tandis que la tragédie antique se joue à l’écran, un drame moderne se déploie dans la vie réelle.

Mon avis –

S’ouvrant par une scène audacieuse de hors bord, théâtre d’une crise relationnelle sur le plateau de tournage d’une version de Médée au Sénégal, Gavagai montre, de manière subtile, comment les fissures causées par le racisme sont distillées dans la société à bien des niveaux. L’air de rien, avec une banale scène de cantine, Ulrich Köhler raconte comment le racisme ordinaire commence sur ce plateau où certains ont droit ou non à un traitement de faveur à l’heure de la pause. Et c’est le père de Nourou, Mansour (Roch Peton), un acteur sénégalais respecté, qui mène la révolte des figurants affamés œuvrant dans une chaleur accablante.

Plongée réussie dans les coulisses d’un tournage où il faut savoir improviser en permanence, composer avec les états d’âme des comédiens, Gavagai – si la mise en abime n’est pas nouvelle – place le spectateur au cœur d’un film en création. Campant Caroline Lescot, une réalisatrice au bord de la crise de nerfs que l’on sent inspirée d’une Claire Denis, Nathalie Richard doit composer avec bien des incidents sur le plateau de tournage, tout en maintenant le cap de sa mise en scène, et en répondant aux griefs des comédiens face à un climax qui a été réécrit à la hâte.

Après de premier temps dans la chaleur étouffante de Dakar où se noue une relation amoureuse entre Maja, qui craque devant l’attitude de la réalisatrice, et Nourou, l’histoire change de cap pour filer vers le froid de Berlin et de son Festival où le film enfin fini est présenté. C’est l’occasion, à travers une banale scène de contrôle de Nourou à l’entrée de l’hôtel par un vigile, de faire ressentir un racisme « ordinaire », l’acteur sénégalais étant le seul soumis à une telle vérification d’identité par un gardien. Là où le cinéaste rend encore sa critique plus dense c’est qu’on va apprendre que ledit vigile, polonais d’origine, fait, lui-aussi, face à des comportements xénophobes dans cette Allemagne réunifiée.

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