Vivre sans patrie

Si la relation qui naît avec ce jeune avocat engagé – Alexis Manenti joue très bien cet homme mal à l’aise – peut paraître au début trop belle pour être vraie, elle permet d’offrir un récit plus dense, dès lors que le mari de Selma débarque avec son fils car elle est déchirée entre ce nouvel amour et la fidélité à son mari qui a échappé au pire. Et, à travers le témoignage de celui,ci très fort dans sa pudeur, sur ses mois passés dans les geôles syriennes comme opposant politique, on mesure à quel point le choc entre ces deux mondes est grand. Et combien, pour ces exilés forcés, tout reconstruire est un vrai chemin de croix, y compris pour mener une vie dite « normale ».

Côté mise en scène, Gaya Jiji utilise bien les couleurs froides, parfois un peu floues, pour symboliser le déséquilibre que subit Selma dans sa vie. Petit à petit, l’image devient plus chaleureuse, symbolisant une forme d’embellie dans le cauchemar quotidien de Selma, même si la situation est loin d’être idyllique. La chute de l’histoire ouverte laisse alors, de manière habile, le spectateur imaginer plusieurs issues possibles à l’odyssée de cette « étrangère ».

Un film qui a l’immense mérite de remuer les idées reçues sur les fameux migrants dont certains médias et politiques font un usage souvent nauséabond.

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