Le film montre bien comment, face à un père lunatique et qui se réfugie dans l’enfance, une manière de refuser de voir la réalité en face, Lucile et Paul sont contraints, malgré certains désaccords,d’agir dans l’urgence pour tenter de sauver quelque chose. D’autre part, par ce retour dans sa province natale, et dont on sent bien qu’elle n’y venait pas souvent, Lucile parvient à recoller les morceaux avec cette mère aimante, mais qui avait beaucoup de mal à dire ses sentiments. Pour autant, les combines financières de sa mère qui l’implique la pousse parfois à des grands accès de colère. C’est Vimala Pons qui porte ce personnage central et que l’on découvre en action dans la scène inattendue d’ouverture , dans son studio photographique où, très professionnelle, elle fait poser – une belle surprise – un Benoît Hamon en campagne. Ensuite, avec ce retour dans la maison familiale du Gard, la photographe branchée change presque du tout au tout, est bouleversée par la maladie de sa mère tout en étant exaspérée par ses arrangements avec l’argent, tant elle vit un cauchemar éveillé. Face à elle, Guilaine Londez joue avec une rare intensité cette mère courage qui tente, malgré la maladie, de donner le change, quand bien même il est trop tard. Il y aussi quelques beaux rôles secondaires comme celui de l’infirmière très humaine incarnée par Ophélie Bau qui illustre bien la difficulté de parler vrai à un malade.
Si le film a des petites baisses de rythme, il parvient, oscillant entre rire et pleurs, et avec des parenthèses de fête (la scène de bal est étonnante en nous montrant des personnages qui lâche prise) à nous faire partager ces blessures familiales construites sur bien des non-dits. Certaines séquences dramatiques peuvent se terminer dans un éclat de rire comme celle de l’urne funéraire qui tombe dans le Gard. En prime, il y a un beau travail de photographie dans cette maison des souvenirs et le travail d’éclairages et de décors est très réussi.
Une étrange histoire, avec des personnages parfois surprenants, mais dont le thème a tout pour parler à un large public.
