L’art selon Rivette

Porté par l’affrontement graduel entre le peintre et son modèle – à un moment, Emmanuelle Béart lui lance « vous êtes abject » – ce drame tient ses promesses sur la longueur permettant d’exprimer la difficulté de créer pour un artiste, le lent travail de fausses pistes, de retouches… À un instant, acculé, il lui réplique quand elle tente de savoir pourquoi il avait arrêté son projet : « On ne peut jamais recommencer. »

Campé par un Piccoli magistral dans la dureté hautaine du créateur, le peintre considère ce modèle comme « sa » chose à laquelle il peut demander de poser dans les postures les plus inconfortables, la modelant comme si c’était une pièce d’argile. Face à lui, Emmanuelle Béart réussit, avec une grande économie de jeu, à exprimer toute une nuances d’émotions. « À quoi je vous sers puisque ce n’est pas moi que vous voulez peindre« , lui lance-t-elle à bout d’arguments. Entre eux, Jane Birkin incarne avec beaucoup de retenue la compagne qui sait se faire oublier même si elle peut surgir dans l’atelier à l’improviste. Une femme qui sait aussi rappeler à l’ordre le « maître » et amant, en lui lançant : « Je crois que tu joues avec cette fille » tout en conseillant au modèle de « faire attention« .

Tenir quatre heures avec une action si réduite est une petite prouesse et Rivette parvient parfaitement à nous faire partager les affres de l’artiste qui tâtonne pour obtenir l’œuvre rêvée. C’est un opus austère et dense sur l’art et la création, mais une histoire toujours envoutante en forme de mise en abyme.

(*) Le film sort également chez Potemkine Vidéo

Laisser un commentaire