LES ERRANCES D’UN ÉCRIVAIN EN HERBE

LE POIRIER SAUVAGE, de Nuri Bilge Ceylan – 3h08

avec Aydin Dogu Demirkol, Murat Cemcir, Hazar Ergüçlü

Sortie : mercredi 8 août 2018

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Passionné de littérature, Sinan a toujours voulu être écrivain. De retour dans son village natal d’Anatolie, il met toute son énergie à trouver l’argent nécessaire pour être publié, mais les dettes de son père finissent par le rattraper…

Convaincant ?

Pour son retour au cinéma après la Palme d’or en 2014 pour Winter Sleep, Nuri Bilge Ceylan signe l’histoire d’un retour, celui d’un écrivain en herbe dans son bled natal, à Çan, ville du sud-ouest de la Turquie, où il promène son regard provocateur sur ceux qui l’entourent avec une grande confiance en son talent.

Pour écrire ce scénario, il a travaillé, en compagnie de son épouse, avec un enseignant qui vivait non loin de la ville de Troie où il revenait dans sa maison de campagne : Akin Aksu. Commentaires du cinéaste : « Dans ce film, j’essaie de raconter l’histoire d’un jeune homme qui, conjointement à un sentiment de culpabilité, éprouve une différence qu’il est incapable d’admettre. Il sent qu’il est entraîné vers un destin qu’il n’aime pas et qu’il n’arrive pas à assimiler. »

Dans une réalisation magnifique – Nuri Bilge Ceylan sait capter la beauté d’un paysage par de lents travellings et les images de Gökhan Tiryaki sont éblouissantes – Nuri Bilge Ceylan signe une balade existentielle et les rapports complexes entre un père et son fils. Ce père joueur, menteur et solitaire est campé par Murat Cemcir qui a le charme d’un Omar Sharif, tout droit venu des Balkans.

Moins convaincant

Malgré la beauté de la mise en scène, malgré le jeu des comédiens, le film ne parvient pas à nous toucher autant que Winter Sleep. Pas parce qu’il est long, une marque de fabrique du cinéaste, pas parce que le sujet touche une fois encore à la littérature, mais par un côté bavard. La discussion entre Sinan et l’écrivain confirmé, malgré sa réussite formelle -elle débute chez un libraire pour se poursuivre dans la rue jusque sur un pont avec un choix du plans-séquences audacieux – pourrait être plus courte, tout comme certains échanges familiaux. C’est d’autant plus dommage que, lorsqu’il utiliser une ellipse en forme de parenthèse – l’évocation du service militaire de Sinan – Nuri Bilge Ceylan sait donner, par quelques plans splendides, un vrai rythme à un récit qui s’enlise parfois.

Malgré tout, entre digressions, rêves et errances, Le Poirier sauvage mérite d’être vu, tant Nuri Bilge Ceylan a un style cinématographique très personnel.

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