PANAHI, CINÉASTE (AU) VOLANT

TROIS VISAGES, de Jafar Panahi – 1h40

avec Behnaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei

Sortie : mercredi 6 juin 2018

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice… Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille, dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale.

Pourquoi aller voir ce film ?

En partant d’un constat, somme toute assez banal – la toute puissance des réseaux sociaux, y compris dans des coins isolés, et le rêve de joindre des personnalités du cinéma – Jafar Panahi s’est inspiré de sa situation personnelle. Quoiqu’il soit un cinéaste proscrit dans son propre pays, il continue d’avoir des messages de jeunes attirés par le cinéma. Un jour, il a reçu, via Instagram, un message qui semblait plus sérieux et, au même moment, les journaux parlaient d’une jeune fille qui se serait suicidée car on lui interdisait de faire du cinéma. Panahi avait l’idée de son nouveau scénario qu’il a dû, une fois de plus, tourner en prenant toutes les précautions, étant interdit de tournage par les autorités de son pays.

Après Taxi Téhéran, où il déjouait les pièges de la censure iranienne en devenant chauffeur de taxi pour continuer de montrer le visage de son pays, Panahi retrouve le volant pour tourner ce voyage pour secourir une jeune fille désespérée. A l’origine, c’était une autre actrice et son mari, producteur, qui devait camper le couple arrivant au village mais, cette comédienne n’ayant pu faire le film, Panahi a convié avec lui une célèbre artiste iranienne, Behnaz Jafari (on se souvient d’elle dans Le Tableau noir, de Samira Makhmalbaf en 2000), en prenant le volant car, connaissant la langue turque azérie, cela facilitait les relations avec les villageois qui sont au cœur du film.

Avec un sens consommé de l’autodérision, Panahi a le chic pour décrire des situations difficiles, dures, sans se départir d’un humour certain. On le mesure dans ses relations avec ces villageois qui sont toujours en quête d’une aide, comme dans la séquence décalée où ils conduisent leurs vaches au taureau, au demeurant bien mal en point.

L’air de rien, évoquant cette star historique du cinéma iranien, Shahrzad, rejetée par les campagnards, Panahi se joue des filets de la censure en montrant comment la vie d’artiste est, en Iran, un chemin miné. Car, depuis la Révolution, Shahrzad-la-sensuelle est interdite de tournage et on filme ici une silhouette en ombre chinoise ou très lointaine en train de mettre la dernière main à un tableau en pleine nature.

Subtil et courageux, le nouvel opus de Jafar Panahi a reçu un mérité Prix du scénario au dernier Festival de Cannes où l’artiste n’a pu, une fois de plus, être présent physiquement. Un hommage à un homme qui lutte pour la liberté d’expression avec ses propres armes. C’est tendre et c’est drôle même si, cinématographiquement, le film n’a rien quand même de révolutionnaire.

 

 

 

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