UNA QUESTIONE PRIVATA, de Paolo et Vittorio Taviani – 1h24
Avec Luca Marinelli, Lorenzo Richelmy, Valentina Bellè
Sortie : mercredi 6 juin 2018
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Eté 43, Piémont. Milton aime Fulvia qui joue avec son amour : elle aime surtout la profondeur de sa pensée et les lettres qu’il lui écrit. Un an plus tard, Milton est entré dans la Résistance et se bat aux côtés d’autres partisans. Au détour d’une conversation, il apprend que Fulvia aimait en secret son ami Giorgio, partisan lui aussi. Milton se lance alors à la recherche de Giorgio, dans les collines des Langhes enveloppées de brouillard… Mais Giorgio vient d’être arrêté par les Fascistes.
3 raisons d’aller voir ce film ?
Une histoire de Résistance et d’amour. En adaptant le beau roman de Beppe Fenoglio, les frères
Taviani racontent une histoire de partisans mais qui n’a de résonance que parce qu’elle se double d’une belle histoire d’amour. Au cœur des combats et des fusillades plus ou moins nourries entre fascistes et partisans, Milton est en proie à une folie amoureuse et au doute que lui a instillé la gardienne de la belle maison par ses insinuations. Autrement dit, Fulvia a t-elle connu une aventure avec Giorgio, partisan qui vient d’être arrêté par les chemises noires et que Milton veut faire libérer. Comme le note les Taviani : « La folie amoureuse lui fait oublier la Résistance qui l’a mené dans la montagne pour combattre le fascisme.« Et par ailleurs, faire un film où évoluent des fascistes n’est pas neutre non plus à une époque où les idées d’extrême droite empuantissent le climat social. En Italie notamment qui vient de vivre une parenthèse historique folle comme seul ce pays est capable de vivre. Commentaires des Taviani : « Il y a peu, le parti d’extrême droite Forza Nuova a publié une affiche copiée de celle de la république de Salò où un noir met les mains sur une belle femme blanche représentée comme sans défense. »

Une mise en scène poétique et forte. Aussi à l’aise dans les plans larges – notamment dans la très belle séquence d’ouverture dans la brume où Milton redécouvre la maison de tous les rêves de jeunesse – que dans les gros plans sur la nature qui vit, malgré la guerre qui rode – un lent travelling sur un tronc d’arbres témoigne du goût des deux frères pour des moments authentiques – les Taviani savent embarquer dans une histoire où les bruits de l’Histoire en
marche se télescopent avec les évènements plus intimes. Il suffit aussi d’une musique, Somewhere Over The Rainbow, pour nous plonger tout de go dans l’atmosphère d’avant-guerre où des jeunes gens dansent, insouciants, sans penser à un lendemain qui va déchanter. Et la belle scène de danse entre Fulvia et Giorgio est magnifique.
Un acteur au jeu très expressif. Fumant cigarette sur cigarette, Luca Marinelli porte l’histoire en campant ce Milton au caractère contrasté, tour à tout méchant ou faible, courageux ou plus lâche. Face à lui, Valentina Bellè apporte une belle touche de la sensualité nécessaire qui permet de faire comprendre pourquoi elle est l’objet de toutes les rivalités entre les deux amis. Quant à Lorenzo Richelmy, il campe parfaitement un combattant pur qui sait faire face à la douleur.
Jouant sur les magnifiques paysages de montagne dénichés dans les Langhe, les frères Taviani signent, une fois encore, une histoire profonde d’une manière simple, voire austère. Et qui préserve jusqu’à son terme une part de mystère.
