LE COMBAT D’UNE JEUNE ÉTHIOPIENNE

DIFRET, de Zeresenay Berhane Mehari – 1H39

Avec Meron Getnet, Tizita Hagere

Sortie : mercredi 8 juillet 2015

Je vote : 3 sur 5

DIFRET-3-750x311Quezako ?

A trois heures de route d’Addis Abeba, Hirut, 14 ans, est kidnappée sur le chemin de l’école : une tradition ancestrale veut que les hommes enlèvent celles qu’ils veulent épouser. Mais Hirut réussit à s’échapper en tuant son agresseur. Accusée de meurtre, elle est défendue par une jeune avocate, pionnière du droit des femmes en Ethiopie. Leur combat pour la justice commence, mais peut-on défier une des plus anciennes traditions ?

Ce qui touche dans le film ?

DIFRET-2-750x308 » Tout a commencé en 2005 : alors que j’avais terminé mes études de cinéma aux États-Unis
depuis deux ou trois ans, j’étais de retour en Éthiopie pour la troisième fois depuis mon départ en 1996. Je prenais un verre chez un ami qui m’a conseillé de faire un film sur sa soeur, Meaza
Ashenafi, quand il a découvert que j’étais réalisateur. À ce moment-là, je n’avais pas la
moindre idée de qui il s’agissait ! En rentrant à Los Angeles, j’ai fait des recherches sur
Internet et je me suis rendu compte qu’il existait des milliers de pages sur son parcours,
l’association qu’elle avait créée et les résultats concrets qu’elle avait obtenus. Ce qui m’a
frappé d’emblée, c’est qu’elle avait fondé la toute première association entièrement consacrée à
la protection des jeunes femmes et des enfants. J’ai aussitôt été séduit par cette jeune femme,
intelligente, belle et courageuse, qui osait s’attaquer à des traditions ancestrales et qui voulait
faire évoluer la loi « ,  raconte Zeresenay Berhane Mehari.

DIFRET-1-750x355 En repartant en Ethiopie, il est parvenu à convaincre la jeune femme d’autoriser ce film inspiré de sa vie, malgré son scepticisme initial. Restait à faire le long parcours du combattant pour trouver le financement d’un tel film. C’était d’autant plus difficile qu’il voulait tourner sans star, en langue amharique et avec des acteurs éthiopiens. Portant la casquette de productrice exécutive de Difret, Angelina Jolie a été un élément moteur dans cette réalisation. Elle explique : « Ce film représente un moment fort dans le rayonnement artistique de l’Ethiopie ! Il s’appuie sur la richesse de la culture éthiopienne et montre comment d’importants progrès juridiques peuvent être réalisés dans le respect de la culture locale. C’est une histoire qui donne de l’espoir pour l’avenir de l’Ethiopie et pour d’autres pays où d’innombrables filles grandissent sans pouvoir faire appel à la loi pour les protéger, et qui montre comment le courage d’individus peut éveiller la conscience d’une société».Avec une grande précision et une belle justesse de ton, le cinéaste montre très bien comment les traditions ancestrales en Ethiopie « autorisent » de tels actes qui semblent sortis du Moyen-Age. On  voit notamment le poids de cette tradition dans l’attitude des policiers locaux en charge de l’affaire et dans la palabre des villageois sous l’arbre du village. Il a d’ailleurs fallu attendre 2004 pour voir la révision du code pénal dans ce pays. Depuis enlèvements et viols sont passibles de quinze ans d’emprisonnement. Mais, comme le souligne le cinéaste : « Malgré tout, le nombre de jeunes filles enlevées n’a pas baissé de manière significative. »

DIFRET4-750x310Si le film ne surprend pas par sa réalisation, la force du propos ne peut qu’émouvoir, d’autant plus que les deux comédiennes principales sont parfaites et que le casting est d’un rare équilibre. Avec Meron Getnet, on ne peut qu’être étonné de voir comment une jeune femme si féminine ait eu l’audace de tenir tête aux villageois si hostiles comme aux plus hautes autorités pour mener son combat à son terme. Et Difret a d’autant plus de force que le cinéaste ne fait pas de leçon de morale mais décrit au plus près le parcours de cette adolescente confrontée au pire.

 

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