CINÉMA : MERCREDI 21 OCTOBRE 2026

UNE FEMME D’AUJOURD’HUI, de Robert Guediguian – 2h03
Drame avec Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Grégoire Leprince Ringuet
Score : 4/5
L’histoire
Juliette, 30 ans, semble avoir tout pour elle : un poste prestigieux dans la finance, une belle maison, une vie rythmée par les voyages et les amours de passage. Lorsqu’elle est agressée par un collègue, son monde s’effondre. Juliette s’engage alors sur un nouveau chemin pour redonner un sens à sa vie.
Mon avis –
Robert Guédiguian ne peut faire longtemps des infidélité à Marseille mais, de film en film, il agrandit son cadre et, toute la ville, devient le terrain de jeu de ses personnages, ce qui lui permet de passer de la cité hier encore réservée aux ouvriers (du côté de l’Estaque notamment) à celle de la bourgeoisie et des bobos en mal de soleil (la Corniche, la plage du Prado).
La nouvelle jeune actrice révélée par La Pie voleuse, Marilou Aussilloux, est au cœur de ce nouveau conte des temps modernes, concoctée avec le fidèle Serge Valletti : elle incarne une jeune femme, transfuge de sa classe depuis qu’elle bosse dans la finance et dans la nouvelle tour du quartier des docks, érigée à côté de celle de la CMA CGM. On est loin de la culture des dockers qui anima le lieu pendant des décennies… Conçue par Jean Nouvel, cette tour « La Marseillaise » symbolise les nouveaux rêves de grandeur de la bourgeoisie d’affaire : tout un symbole pour Juliette à laquelle sa mère (Ariane Ascaride) reproche de ne pas venir les voir plus souvent pour le dîner hebdomadaire avec son père (Gérard Meylan). Une mère qui, en prime, va découvrir un secret de famille bien gardé qui ne pourra que bouleverser un peu plus le clan en la faisant replonger dans le temps pas vraiment béni des colonies. Quant à Juliette, autre signe d’ascension sociale, elle habite, elle, dans un très belle maison d’architecte où un voisin veille d’un regard amoureux aux rencontres d’un soir d’une jeune femme qui semble gérer sa vie privée comme un fichier Excel. Chez Guédiguian, le décor a un rôle tout symbolique et particulièrement dans ce film.
En racontant l’agression de Juliette, et perpétrée qui plus est par son supérieur hiérarchique après une croisière d’intégration sur un splendide catamaran, Guédiguian conserve, malgré tout, l’espoir d’un avenir meilleur – même si certains vont le taxer de naïveté – et ses vieux compagnons de route incarnent, chacun à leur façon, des êtres qui ne se résignent pas, malgré la dureté des temps, quitte a, comme le père de Marilou, accomplir une action folle, mais qui a l’effet escompté.
Pour autant, en choisissant une jeune femme comme pivot de l’action, Guédiguian ne joue pas sur la « nostalgie camarade ». Il souligne : « Pour être de plein pied dans notre temps, il fallait que le personnage n’ait pas participé aux combats collectifs de ma génération. Pour moi, les femmes, bien plus que les hommes, incarnent actuellement la totalité et la complexité des problématiques qui affectent notre société. »
