Guerre et adultère

Dans cette atmosphère de polar, avec la magnifique photographie et les jeux de lumière signés Mikhail Kritchman (chef opérateur de tous ses films), les personnages semblent tous porter un masque que ce soit dans le domaine public que dans la sphère privée. Et, les tensions au cœur de la famille de Gleb est d’autant plus palpable qu’ils vivent dans une splendide demeure d’architecte aux portes de Moscou.et que l’on mesure qu’ils fréquentent dans la sphère amicale, comme le montre la séquence du restaurant très symbolique, la nouvelle classe des dirigeants soviétiques qui savent acheter une protection auprès des autorités. Il y a vraiment quelque chose de pourri dans ce monde de la nomenklatura et Gleb peut, pour acheter le maire, financer l’équipement de guerre des futurs conscrits.

Ainsi, l’intrigue policière passe presque au second plan – qui fait oublier des moments pas très vraisemblables comme la manière dont Gleb se débarrasse d’un corps – et le film montre, par petites touches, comment Poutine contraint une population habituée à un luxe certain à soutenir « sa » guerre.

Le jury du Festival de Cannes a couronné de son Grand Prix ce drame au casting solide qui décrit  avec force et de manière subtile comment la justice n’est plus vraiment une valeur dominante dans la Russie moderne et comment la démocratie est, en Europe et ailleurs, menacée dès lors que c’est la loi du plus fort qui règne. Tout est montré sur le monde selon Poutine, non sans une vraie finesse.

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