Avec Jacques Gamblin, Isabelle Carré forme un couple des plus crédibles, tous deux jouant avec la même retenue sans pour autant être dans la même tonalité. Jacques Gamblin racontait lors de la sortie comment les différences se sont exprimées durant le tournage, y compris avec Bertrand Tavernier : « Nous n’avions pas le même rapport à l’expression de notre émotion, au pays, à ce que nous voyions et vivions chaque jour. Nous avons décidé d’en faire une force, de construire le couple autour de ces différences. »
Quant à Isabelle Carré, qui avait arrêté un projet théâtral pour tourner ce film, elle évoquait un souvenir marquant du tournage : « Le moment le plus fort a été pour moi la scène tournée pendant le voyage à Kep avec Pridi Phath jouant le rôle de Monsieur Sokkhom, qui raconte sa fuite des Khmers rouges à travers le pays, avec sa femme enceinte. Cet homme avait vécu une expérience similaire. Grande leçon de comédie, de dignité, de vie. »
Au générique, on remarque le nom de Rithy Panh (Monsieur Khieu), futur réalisateur du documentaire choc en 2004 sur la torture pratiquée sous la dictature des Khmers rouges : S21, la machine de mort Khmère rouge.
Très bien joué, le film de Tavernier, inattendu dans sa filmographie, est une approche subtile du chemin de croix de ces couples parachutés dans un autre monde, marqué par une histoire tragique et une profonde corruption. Sans porter un jugement, le cinéaste montre la réalité de l’adoption dans toute sa rudesse.
