Dans la tête d’un adolescent

L’astuce de la cinéaste, c’est de distiller petit à petit une tension dans cette famille qui est en contraste avec ce cadre sur le papier idyllique. De fait, le comportement étrange et asocial de l’aîné, Jeremy, finit par bouleverser la vie de la famille. Une vie dont on apprend lentement mais sûrement le parcours. Recomposée après un premier mariage de la mère, dont est issu Jeremy, cette famille hongroise  n’a cessé de déménager pour échapper aux jugements des voisins face à ce fils qui est ingérable au quotidien.

Jouant sur des repères d’une autre époque – l’absence de téléphones portables, la présence d’un ordinateur d’un autre âge – le film touche parfois au documentaire renvoyant à des moments que l’on sent très personnels de la cinéaste. De fait, elle souligne : « Jeremy est inspiré de mon frère et, comme mon frère, il est mystérieux. Les cartes qu’il dessine le montrent bien : elles représentent un monde intérieur auquel nous n’avons jamais vraiment accès. »

Le fait que l’on n’entende pas la voix de Jeremy durant le film renforce ce côté étrange. Et, dans un aspect plus documentaire, il montre bien, dans une seconde partie, comment les parents sont très seuls face à un système de santé qui ne reconnaît pas une telle maladie mentale et ne la prend donc pas en charge.

Œuvre dure et émouvante, Blue Heron a été remarqué du prix mérité de Meilleur premier film au Festival de Locarno.

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