De manière presque clinique, par le détail d’un quotidien réglé comme une horloge, sauf le jour où…, Tereza Nvotová nous immerge , par le truchement notamment des plans-séquences, au plus près de cet homme brisé et pose la question troublante : celle de savoir si l’on est à l’abri de dérives personnelles, d’un instant d’oubli complet que l’on revit après comme un cauchemar et, bien sûr, un drame personnel. Et l’histoire est racontée comme si elle jaillissait de l’esprit du père, ce qui a permis à Milan Ondrik de signer une composition des plus remarquables. Et la cinéaste de souligner : « Milan dit souvent que c’est le rôle le plus difficile qu’il ait jamais tenu Et cela ne m’étonne pas du tout. Pour l’interpréter avec sincérité, il a dû traverser ce qui constitue sans doute le pire cauchemar pour quiconque. Il ne pouvait ni feindre, ni composer. Il devait être ce père. »
Et la force du propos tient à ce que jamais le film ne porte un jugement moral, de culpabilité, de faute très chrétienne sur ce père qui a, l’espace d’un instant, décroché. Il s’agit alors plutôt de la mise à nu d’un homme dont la scène de tribunal est, sans nul doute, l’acmé.
