Là où la cinéaste surprend son monde, c’est en cachant longtemps le statut de victime de Joo-in, en glissant quelques indices au fil de l’histoire comme la volonté d’attendre avant de faire l’amour avec son petit copain ou sa manière de brûler sa vie dans une hyperactivité que l’on mesure symboliquement dans son implication totale au cours de taekwondo. Et c’est ce statut singulier de victime qui fait toute l’originalité de ce film. La réalisatrice souligne : « On a tendance à essentialiser les victimes d’agression sexuelle. On les décrit comme déprimées, dépressives, vivant dans la peur que ça recommence, nourrissant un problème de sociabilisation. On statue un peu vite que ces personnes n’ont aucune possibilité de résilience. En réalité, la société coréenne se soucie peu de comment elles continuent à vivre ; c’est une société basée, encore aujourd’hui, sur le confucianisme, le patriarcat et qui semble manquer d’empathie envers les victimes. »
Seo Su-bin sait faire passer bien des émotions, beaucoup de ressenti dans le personnage de Joo-in sans jamais forcer le trait, déraper vers une quelconque caricature.
Un drame social, émouvante et percutant.
