La maison d’une vie

Tournant sur le site d’origine de E.1027 à Roquebrune-Cap-Martin, ainsi qu’à Bâle en Suisse, Vézelay et Paris, Béatrice Minger et Christoph Schaub retracent le parcours de cette première femme architecte de l’ère moderne, devenue une figure emblématique du design et créatrice de meubles et objets décoratifs aujourd’hui présents dans de nombreux musées et lieux d’exposition dans le monde entier. Ils montrent aussi comme cette maison à la beauté magique obséda Le Corbusier qui, après la séparation de Eileen Gray et Jean Badovici, l’orna de certaines fresques et en tira un livre de photographies, au grand dam de sa créatrice qui demanda, en vain, leur suppression. Symboliquement, comme pour faire de l’ombre à cette demeure étonnante, Le Corbusier construisit son Cabanon, directement derrière E.1027… lui qui décrivait la maison comme « une machine à habiter ».

En prime, ce documentaire est aussi une description subtile sur le pouvoir de l’expression féminine et sur aussi la volonté masculine de le contrôler. Une femme qui revendique aussi son besoin de solitude dans le processus créatif, loin de toute vie en couple : « Les bonnes idées ont besoin de temps pour pouvoir murir« , dit-elle.

Les réalisateurs ont pris le parti de faire jouer certains passages de ce documentaire pour y créer des moments de fiction et, malgré l’engagement des acteurs, notamment Natalie Radmall-Quirke, l’exercice n’est pas pleinement convaincant et on le mesure à la fin du doc quand on retrouve la vraie Eileen témoignant à l’automne de sa vie sur son travail. Le contenu du film était assez dense pour se passer d’un tel exercice de style qui sonne souvent un peu faux, notamment dans les interventions de Le Corbusier. Mais c’est une technique malheureusement à la mode.

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