TV
PATRIA, de Aitor Gabilondo – (8 x 60)
Avec Elena Irureta, Ane Gabarain, José Ramón Soroiz
DIffusion : le lundi à 21h10 sur Canal + et disponible en intégralité sur myCANAL
Mon avis : 4 sur 4
Adaptée du roman très émouvant de Fernando Aramburu (*), Patria réussit sa transposition en série et fait revivre le conflit basque de manière magistrale. Vendu à plus de 600 000 exemplaires, le roman racontait de manière saisissante le parcours de deux familles, hier amies, et déchirées par le meurtre d’un des paterfamilias qui dirigeait une petite société de transport.
Jouant sur différentes époques, le roman, et la série lui emboite le pas, décrit le conflit basque à travers le choc de deux femmes : Bittori (Elena Irureta, toute en retenue) veuve d’un homme tué par un membre de l’ETA et Miren (Ane Gabarain, une fois encore parfaite), dont le fils Joxe Mari est un partisan de l’organisation. Quand arrive, vingt ans après le drame, l’heure du cessez-le-feu, le retour de Bittori dans le village du drame fait renaître fantômes et rancœurs.D’épisode en épisode, Patria montre bien, à travers le parcours de ces deux familles, le terrible engrenage politique. Issue de l’extrême-gauche anti-fasciste, l’ETA s’est formée en résistance au régime franquiste, avant de se transformer en un groupe terroriste jusqu’à sa dissolution en 2018.
Sans excuser les crimes, Patria montre bien comment la répression d’état n’est pas sans conséquence sur certaines dérives de l’ETA. Ainsi le financement secret des GAL (les Groupes antiterroristes de libération) qui organisèrent des actions de contre-terrorisme à l’encontre des militants d’ETA, faisant parfois des morts civiles a beaucoup joué dans
certaines dérives de l’ETA. En 2020, des documents déclassifiés de la CIA ont de plus mis en cause Felipe Gonzales, premier ministre espagnol (de 1982 à 1996) dans la création de ces milices clandestine Et la série montre bien comment une région revendiquant son indépendance est victime d’une répression policière brutale et de contrôles humiliants qui renforcent la flamme nationaliste. Avec par exemple l’emprisonnement des militants à mille kilomètres du lieu où vivent leurs parents. Pour autant, la série n’exonère pas du tout certains membres de l’ETA de leurs crimes.
Tout comme le roman, la série montre bien les divisions politiques, culturelles et sociales
traversant l’Espagne et cette histoire a une résonance particulière à l’heure où la Catalogne subit une autre forme de répression. Et, à travers les petits détails du quotidien, Aitor Gabilondo sait faire revivre toute une époque avec un réalisme fort. Une série à la hauteur du roman.
(*) Le roman est traduit chez Actes Sud
