UN MAGNAT AU PAYS DE SADE

CYRIL CONTRE GOLIATH, de Thomas Bornot, 1h26

Documentaire avec Cyril Montana, Grégoire Montana

Sortie : mercredi 9 septembre 2020

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Cyril, écrivain parisien, n’aurait jamais imaginé que Lacoste, le village de son enfance, puisse un jour se faire privatiser par le milliardaire Pierre Cardin. Poussé par son fils et alors que rien ne le destinait à ça, il décide de s’engager contre cette OPA d’un genre nouveau et entame un véritable bras de fer avec le célèbre couturier.

Pourquoi y aller ?

Romancier et communiquant, à une époque familier des nuits parisiennes branchées, Cyril Montana a trouvé un cheval de bataille et changé de vie en replongeant dans son passé et le village de son enfance où une grand-mère maternelle s’était installée. Il raconte : « Je suis né à Paris, mais pour des raisons familiales, j’ai passé une grande partie de mon enfance et de mon adolescence à Lacoste. Mon père était un hippie, comme on disait à l’époque. Mais à sa mort, c’est ma grand-mère paternelle qui m’a élevé. Cette grand-mère, Mamie Arlette, était dépassée par l’adolescent fort turbulent que j’étais. Et ce village a joué pour moi le rôle d’un parent. Il était composé aussi bien d’artistes que de paysans, de notables que de hippies, et c’est cette communauté hybride qui m’a façonné et aidé à grandir. Voir l’âme de ce village progressivement rongée et disparaître par le caprice d’un seul homme était pour moi insupportable. » C’est une longue histoire que retrace ce documentaire en forme de cri de colère… contre la petite révolution qui a frappé Lacoste avec le débarquement du très riche Pierre Cardin. Retour dans le passé.

Très connu des amateurs du marquis de Sade, Lacoste abrite le château qui servit, ponctuellement, à l’auteur sulfureux d’abri, notamment en 1772. Sade eut pour l’endroit un attachement très fort comme en témoigne sa correspondance, notamment celle avec Gaufridy, notaire d’Apt qui s’occupait de ses affaires et biens en Provence. Criblé de dettes, en l’an IV de la République, Sade dut le vendre et le château finira par tomber presque en ruines.

Il faudra la passion d’un professeur des collèges, André Bouer, qui racheta le bien en 1952, pour que la restauration du célèbre château commence : en 1992, il est inscrit au titre des monuments historiques. A la mort d’André Bouer, c’est Pierre Cardin qui l’achète. Mais, comme le montre le documentaire, l’appétit du milliardaire ne s’arrête pas à ce célèbre monument, ni au festival qu’il y organise dans les carrières mais, petit à petit, il achète toutes les maisons du village, sans pour autant le faire prospérer. Commentaires de Cyril Montana : « Quand j’ai réalisé, tardivement, ce que Pierre Cardin était en train de faire à Lacoste, j’en ai parlé à Gabriel Sobin, un ami sculpteur qui vit sur place. Gabriel pensait qu’il fallait alerter la presse et que des articles dénonçant cette situation insupportable pourraient freiner les ardeurs de Cardin. J’avais vu à la télévision un documentaire réalisé par Thomas Bornot que j’avais beaucoup aimé et je suis entré en contact avec lui. On s’est rencontrés et il est tout de suite rentré dans le projet avec moi ».

Ce documentaire riche et non dénué d’humour (un peu dans la lignée de Merci patron !) – notamment dans la grande marche que Cyril Montana entreprend en France-, et même si parfois il se perd sur des chemins de traverse, est riche d’enseignement et montre bien comment quelqu’un de très fortuné peut s’emparer d’un lieu sans tenir compte de la vie alentour. Il suffit de passer aujourd’hui du côté de Lacoste pour voir que le village du Divin Marquis a, aujourd’hui, des allures de décor de théâtre.

Pour l’instant, et ce malgré une forte mobilisation d’habitants, de paysans, d’artistes, ce combat n’a pas abouti, mais ce documentaire a le mérite de montrer le procédé d’achat de tout un territoire au bénéfice des caprices de ce milliardaire dont l’entourage proche fait barrage quand le cinéaste tente d’établir un dialogue et de comprendre. Comme si l’argent donnait tous les droits… On est loin de l’univers révolté du vrai Marquis.

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