Le cirque poétique de Pierre Étaix

PATRIMOINE


Pas suffisamment reconnu de son vivant, Pierre Étaix a marqué l’histoire du cinéma français. Yoyo reste un exemple frappant de son talent pour créer un univers décalé.

Yoyo, c’est le regard d’un enfant sur le monde. Le pitch ? Ruiné par la crise, un milliardaire voit sa vie bouleversée  jour ou passe un cirque. Il reconnait dans l’écuyère la jeune fille qu’il aime en secret et décide plaquer sa demeure pour rejoindre sa bien-aimée sur les routes…

Pendant plus de deux décennies, Pierre Étaix ne pouvait plus, pour d’obscures raisons juridiques, exploiter ses films, dont ce Yoyo si symbolique de son monde. Graphiste de formation et musicien autodidacte, le réalisateur- acteur rend hommage ici à un personnage qu’il a toujours défendu : celui du clown. Ne disait-il pas : « Être clown n’est pas une fonction mais un état« .

À la manière d’un Buster Keaton, Pierre Étaix retrouve ici un personnage qui lui est cher : celui d’une espèce de Pierrot mélancolique, rêveur et bien maladroit dans la vie de tous les jours. Sans parler de sa maladresse avec les êtres de chair et de sang.

Si le cirque sert de décor à cette histoire, le cinéaste a souvent dit que c’est le nouveau langage cinématographique d’un Fellini dans Huit et demi qui l’a poussé à tourner cette histoire et à imaginer un scénario qui lui prit six mois à écrire. L’idée force du film est de raconter la vie d’un clown sur plusieurs générations et en jouant sur les avancées techniques de l’image animée (de la fin du muet au début de la télévision. Il y a ainsi un travail très minutieux sur la bande-son : alors quand le récit dépasse 1927, l’année où naquit le Parlant avec Le Chanteur de jazz, un voix sonore vient troubler si silence du récit. Quant à la partie muette, tournées en 16 voire en 12 images/secondes, elle pourrait être extraite d’un inédit des années 20…

Bourré de clins d’œil sentis au cinéma – la famille débarque dans un village où Zampano et Gelsamina, les héros de La Strada, doivent donner une représentation par exemple – Yoyo est un film aussi drôle que poétique. Bien avant The Artist, il rendait un hommage discret, tendre et d’une grande subtilité aux pères fondateurs du 7ème Art.

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