Version restaurée
L’HOMME DU SUD, de Jean Renoir – 1h32
Avec Zachary Scott, Betty Field
Sortie : mercredi 5 février 2020
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Sam Tucker n’est qu’un modeste saisonnier dans les plantations de coton. Mais, courageux et travailleur, il est bien décidé à se mettre à son compte. Aidé de sa femme, de sa mère et de ses deux enfants, il prend possession d’un terrain en friche…
Et alors ?
Durant la guerre, Jean Renoir a opté pour l’exil à Hollywood : il y signe soit des films typiquement français, comme Le Journal d’une femme de chambre, d’après le classique de Mirbeau), soit des films dont l’histoire s’immerge dans la culture américaine. Le principal pour le cinéaste était de ne pas perdre son âme et sa liberté. À cet égard, L’Homme du Sud est le film le plus symbolique de son désir d’indépendance. Tourné avec un petit budget et des acteurs pas vraiment stars, le scénario a bénéficié de l’aide de William Faulkner !
On reconnaît d’ailleurs l’influence du grand romancier américain dans certains personnages de déclassés : la grande-mère qui ne cesse de bouder; le paysan aussi sale qu’ombrageux ou encore l’attardé. Face à ces personnages, il y a le combat de ce couple de paysans qui refuse de baisser les bras, malgré les coups du sort et les aléas d’un climat indocile.
Même si le film n’atteint pas l’intensité dramatique des Raisons de la colère, de John Ford, Jean Renoir sait alterner les scènes dramatiques -celle de l’enfant malade, de la mort de l’oncle ou encore celle, magnifique, de la tempête – à des moments où l’humour est bien présent, notamment
le mariage ou la castagne dans le bar des fermiers.
La version restaurée permet d’apprécier la photographie en noir et blanc qui restitue bien le cadre de ce sud profond des champs de coton et des fermes isolées dans leur pauvreté. Alors, même si parfois le ton est proche du mélodrame, on ne peut rester insensible à ce portrait d’un couple qui se bat.
Si le film n’a pas gagné l’Oscar du meilleur réalisateur, il reçut le prix du meilleur film à la Biennale de Venise en 1946. Malgré le contexte noir de l’histoire, Renoir signe, in fine, un hymne poétique à la vie. Cette sortie a l’infini mérite de revoir un film un peu oublié…
