SE SOUVENIR DE TRISTES CHOSES…

J’AIMERAIS QU’IL ME RESTE QUELQUE CHOSE, de Ludovic Cantais – 1h19

Documentaire

Sortie : mercredi 13 novembre 2019

Mon avis : 4 sur 5

Le pitch ?

Chaque semaine, une équipe de bénévoles du Mémorial de la Shoah
à Paris recueille des témoignages et collecte les archives personnelles des déportés et de leurs familles. J’aimerais qu’il reste quelque chose va à la rencontre de ceux qui racontent et donnent ainsi que de ceux qui écoutent et reçoivent…

Ce qui touche dans le film ?

« Tout commence entre mars et mai 2012, c’est la fin du Sarkosysme et François Hollande va bientôt être élu, une page se tourne et entre deux, il y aura l’affaire Mohamed Merah, massacre prémonitoire de ce qui allait advenir avec Charlie Hebdo, l’Hyper Casher, le Bataclan, Nice etc. Voilà à peu près dans quel contexte politique et culturel j’ai commencé à envisager ce film. Le monde d’avant... » raconte Ludovic Cantais. Ensuite, il a été conduit à travailler avec le Mémorial de la Shoah en tant que documentaliste, sur une exposition, « Les Enfants dans la Shoah » où il devait négocier les droits d’auteurs et de représentation de plus de 300 archives. Il a alors découvert l’existence de cette permanence et cela a inspiré la création de ce documentaire.

Au fil des entretiens, des bribes d’histoire reconstituée autour de quelques objets, il parvient à capter les souvenirs de ces familles juives victimes de la folie des nazis. Sans aucun commentaires en voix off, Ludovic Cantais capte les échanges avec une caméra présente mais jamais omniprésente, alternant les plans fixes pour saisir en toute discrétion les entretiens ou avec caméra à l’épaule quand il suit par exemple une des documentalistes du Mémorial qui répertorie les objets, les classe…

Les témoignages ainsi recueillis au cœur du Mémorial ont une grande force et présente un incontournable intérêt historique. Ainsi quand ce vieil homme montre les objets en bois, les maquettes fabriquées par son père Raymond à Pithiviers, dans les mois qui ont précédé la déportation où il laissa la vie. Ou cette femme, dernière représentante de sa famille, qui vient confier, non sans hésitation, le brassard que son père portait dans le ghetto polonais ainsi que de rares objets qui témoignent de son parcours dramatique.

Le réalisateur a réussi la phase la plus périlleuse dans un tel doc : le montage. Il raconte comment il n’a pas hésité à utiliser certaines ruptures :   « Pour les séquences de témoignages (frontaux, en plan-séquence) je n’avais qu’un axe possible, bien évidemment il a fallu couper car on ne pouvait garder les interviews dans leur intégralité. De ce fait, il n’y avait pas beaucoup de solutions, aussi j’ai préféré mettre des plans noirs, assumer les coupes, ce qui visuellement me permettait de créer « des trous de mémoire », les témoignages sont fragmentés, souvent approximatifs et troubles, je souhaitais le montrer à l’image, et les plans noirs me permettaient de souligner la fragilité de cette mémoire. »

Un tel documentaire est un témoignage indispensable. Conserver cette mémoire intacte est une manière d’immortaliser la présence de tous ces absents et d’apporter la contradiction permanente à ceux qui osent encore mettre en doute cette horreur planifiée.

 

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