MOCKY NE SE MOQUERA PLUS

Disparition du plus franc tireur des cinéastes français, Jean-Pierre Mocky, auteur de quelque 66 longs métrages entre 1959 et 2017. Un grand découvreur de tempérament d’acteur.

Triste 8 août pour le cinéma français et ceux qui aiment la provocation : Jean-Pierre Mocky est mort à l’âge de 86 ans après nous avoir régalés de quelques films joliment anars. Mocky, c’était un style, une gueule, un charme et aussi une bonne dose de mauvaise foi.

De son vrai nom Jean-Pierre Mokiejewski, le cinéaste était connu pour son franc parler, et des interventions médiatiques qui, souvent, déclenchèrent la polémique. Avant que d’être réalisateur, Mocky  avait commencé en 1942 comme comédien en jouant un figurant dans Les Visiteurs du soir, de Marcel Carné. L’occasion de tourner la page pour celui qui avait d’abord gagné sa vie comme chauffeur de taxi et plagiste l’été à l’Hôtel Carlton, de Cannes. Après Carné, Mocky enchaîne plusieurs petits rôles, part en Italie pour jouer dans Les Vaincus, de Michelangelo Antonioni. C’est l’occasion pour lui de faire des stages auprès de Federico Fellini et Luchino Visconti. Dans l’hebdomadaire Télérama, il confiait, revenant sur cet âge d’or du cinéma italien : « Mon ami Federico [Fellini], dont j’avais été le porteur de sandwichs sur La Strada, a fini sa vie seul, malade, dans son appartement de Rome, à 73 ans. Voilà pourquoi le cinéma me rendait heureux, à l’imparfait« .

Quand il rentre en France, Mocky passe derrière la caméra, une place qu’il ne quittera plus, tournant toujours vite, pas toujours bien, mais en ayant toujours sa « griffe ». S’il fait une composition remarquée dans La Tête contre les murs, opus magnifique de Georges Franju, en 1959 –  mais film qui ne trouvera pas son public – Mocky sait qu’il faut tourner la page. « Je suis un comédien qui est devenu metteur en scène parce qu’il n’avait pas de rôle » avouera t-il dans Libération il y a quatre ans.

Son premier film – Les Drageurs – remonte à 1959. Jusqu’au terme de ses jours, Mocky n’a pas cessé de tourner, trouvant son univers dans les comédies grinçantes, et les histoires joyeusement anars. En 1963, Un drôle de paroissien, l’histoire d’un type qui pille les troncs des églises, marquera les écrans. Mocky y dévoile une facette d’un comédien avec lequel il tournera à plusieurs reprises : Bourvil. Il y aura bien d’autres histoires d’amitié entre Mocky et des comédiens dont il dévoilera certains aspects de leur talent : de Francis Blanche à Michel Serrault, en passant par Jean Poiret, Michel Galabru, Michel Simon (L’Ibis rouge, son dernier film au demeurant).

C’est avec deux films plus sombres et politiques que Mocky va sans doute signer deux grands opus : Solo, en 1970, où il suit le parcours de Victor, un chef d’un groupe d’extrême gauche qui signe des attentats contre une bourgeoisie peu reluisante et dont Moustaki signera la musique originale. Et un an plus tard, L’Albatros qui dénonce la corruption politique avec l’histoire d’un prisonnier qui kidnappe la fille d’un politicien en pleine campagne électorale (musique de Léo Ferré qui n’en garda pas un bon souvenir).

Tournant vite, parfois à la va-vite, Mocky connaîtra aussi un passage à vide et des échecs. Il revient en grâce en 1982 avec Y-a-t-il un Français dans la salle ?, dans lequel Dutronc fait une magnifique composition. Désormais, Mocky ne lésine plus avec l’humour noir dans des films comme Le Miraculé en 1987, une charge contre les marchands du temps de Lourdes, et Les Saisons du plaisir en 1988, qui aborde de front la question de la sexualité et offre une affiche détonante : Jacqueline Maillan, Charles Vanel, Richard Bohringer… Que du beau monde !

Amoureux de cinéma, de tout le cinéma, Mocky s’était offert une première salle, « Le Brady », avant de porter son choix sur celle du « Desperados »,  située au Quartier latin où il diffusait ses films et ceux de ses auteurs de chevet. Mocky qui aimait tout faire et maîtriser ainsi les coûts de ses films pouvait ainsi créer en  liberté. « Je suis mon propre maître », aimait-il dire.

Mocky était aussi un homme à femmes et à enfants. « J’ai officiellement 17 enfants, mais je pourrais en avoir plus… », disait  en 2015 sur RTL le cinéaste, qui avouait quelque 800 conquêtes. Un roi de la provocation n’est plus. Sa gouaille et ses coups de griffe vont manquer au cinéma.

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