72 MINUTES D’HORREUR !

UTØYA 22 JUILLET, d’Erik Poppe – 1h33

Avec Andrea Berntzen, Elli Rhiannon, Müller Osborne

Sortie : mercredi 12 décembre 2018

Mon avis : 4 sur 5

Le pitch ?

Île d’Utøya, Norvège. Le 22 juillet 2011.
Dans un camp d‘été organisé par la Ligue des jeunes travaillistes, un homme de 32 ans ouvre le feu

3 raisons d’aller voir ce film ?

Dénoncer les dangers de l’extrême droite. On se souvient de ce jour de juillet 2011 qui provoqua un vrai séisme. Ce 22 juillet, Anders Behring Breivik, un terroriste d’extrême droite posa une bombe à Oslo (Norvège), provoquant une explosion faisant huit morts et quinze blessés. Se rendant ensuite sur l’île d’Utoya où étaient réunis, pour un camp d’été, des membres d’une organisation de jeunesse liée au Parti travailliste norvégien, le principal parti de gauche, alors au pouvoir, Breivik , se faisant passer pour un policier, ouvrit le feu sur participants  et tua 79 personnes, provoquant, outre de graves blessures, un traumatisme profond.

À l’heure où les idées d’extrême droite sont banalisées en Europe, il est capital de voir un tel film-choc pour mesurer les conséquences de telles idéologies nauséabondes et de leurs conséquences sur des esprits faibles. Survivante de l’île et jouant dans ce film, Ingrid Endrerud souligne : « C’est préserver une part de l’Histoire de la Norvège. Et aussi pour finir, il s’agit de montrer à quoi l’extrême droite

peut mener : la haine dans sa plus pure forme. Nous devons tous rester unis contre cela. »

Une mise en scène en forme d’uppercut. Réalisateur norvégien réputé, Erik Poppe signe une réalisation audacieuse après avoir  enquêté plus d’un an et demi, rencontré de nombreux survivants pour nourrir son scénario. Le défi, c’était de filmer cette reconstitution jouée en une seule prise et en temps réel, ce qui confère à son film l’aspect d’un documentaire. « L’idée était d’essayer de voir s’il serait possible de dépeindre les sentiments des jeunes présents pour essayer de comprendre cette histoire et de la ressentir à partir d’une autre point de vue que celui qu’on a l’habitude de voir dans les films. »

Et son parti-pris est absolument étourdissant : en ne « montrant » le tueur qu’à travers les coups de feu qui retentissent dans la forêt, en suivant avec sa caméra des victimes qui se terrent derrière des amas de branches ou au pied d’une colline -le film a été tourné dans une île voisine d’Utøya – Erik Poppe nous fait ressentir au plus près ces 72 minutes d’horreur. De plus, son choix intelligent de n’avoir aucune musique qui « accompagne » ces images donne encore plus de force à ce récit. Comme quoi, et l’on s’en doutait, point n’est besoin de surligner une scène d’une bande musicale assourdissante pour rendre l’insoutenable.

De jeunes comédiens d’une incroyable justesse. Tous les jeunes acteurs du film sont d’autant plus étonnants qu’ils ne sont pas, en grande partie, des professionnels. Pourtant, ils parviennent à exprimer la sidération des victimes qui ne comprennent pas l’enfer dans lequel ils ont sombré, tentent de fuir sans savoir comment échapper à ce fou d’extrême droite. Au premier rang, il y a Andrea Berntzen, que l’on suit la majeure partie du film, et qui parvient à exprimer une infinité d’émotions : de la détermination à la terreur. À côté de séquences dures – celle où elle soutient une jeune fille touchée et qui va mourir dans ses bras – Erik Poppe a su reconstituer des scènes qui sonnent justes comme celle où Andrea se cache avec un autre participant et se met à chanter, comme pour exorciser le drame qu’ils sont en train de vivre.

Un tel film qui évite tout racolage est un vrai coup de poing visuel et, même s’il a pu déclencher des polémiques dans quelques festivals, il ne joue pas avec la mémoire des survivants. Politiquement surtout, il est capital qu’un tel film soit diffusé par les temps qui courent où le poison de l’extrême droite se répand dans nos sociétés en Europe.

 

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