Longtemps je me suis couché tard (*) : un drôle de titre pour l’autobiographie décalée d’Henri Garcin. Un exercice de style pas toujours réussi mais qui offre quelques jolis moments nostalgiques.
Dans Longtemps je me suis couché tard , Henri Garcin se raconte au gré de sa fantaisie, dans un désordre personnel. De fait, au lieu de suivre le cours chronologique d’une vie bien remplie – née en avril 1929 en Belgique, le comédien bélier (et dont le signe astrologique chinois est le serpent) a connu une jolie carrière, ponctuée de vrais succès à la télévision comme la série e, 333 épisodes qui tourneront pendant huit années consécutives (de 1985 à 1993). Et si, au cinéma, il a croisé la route de Marguerite Duras, Romain Gary, Henri-Georges Clouzot ou encore Jean-Paul Rappeneau, Henri Garcin semble avoir gardé la tête froide. Ainsi, il écrit : « Edgar Degas : la célébrité c’est bien à condition de rester inconnu. Pas facile de réussir ! Personnellement, la célébrité ne m’a jamais affolé. J’observais sa précarité depuis longtemps et j’avais pour moi mon flegme, parfait antidote contre une possible hystérie. »
Pour être franc, tout n’est pas d’égale valeur dans ce voyage introspectif et l’humour décalé de l’auteur, sa nonchalance, perdent parfois un brin le lecteur sur des chemins de traverse. Mais, au détour de quelques pages bavardes, il y a des moments beaucoup plus forts, celui où Henri Garcin se découvre un peu, baisse la garde.
Ainsi quand il évoque l’ami
Moustaki dans des pages émouvantes : « Une chose à laquelle nous avons échappé avec grand bonheur, c’est la fameuse érosion de l’amour au sein d’un couple. Nous étions célibataires, mais l’évocation du possible naufrage si nous avions pris femme, rendait plus exaltantes encore nos si horrifiantes petites vies de garçon. » Ou quand il raconte comment Jean Gabin le bluffa dans Verdict, d’André Cayatte, durant le tournage de la séquence de plaidoirie. « Seule une grande qualité d’âme peut faire naître une telle émotion. L’entière assistance est restée frappée de stupeur avant de reprendre contenance. » Ou enfin, quand il évoque François Truffaut, « un des très rares cinéastes qui allait au théâtre. » Et privilège de l’âge, Henri Garcin peut aussi évoquer ceux qu’il a vus débuter dans les cabarets enfumés du Quartier latin, avec, au premier chef, une certaine longue dame brune : Barbara.
Et de l’écriture enfin, qu’en est-il ? Au détour d’une pirouette de la mémoire, il souligne : « Écrire ! Raymond Radiguet a eu à peine le temps de vivre et a laissé deux romans magnifiques. Comment a-t-il fait ? Qui a la clé ? Marguerite Duras en avait une. Elle disait : écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait. Rationnel ! Sacrée Marguerite. »
Souvenirs, souvenirs… on sent chez Henri Garcin la volonté de se raconter mais avec parcimonie…
(*) Ed. Morrigane
Henri Garcin en images dans un reportage de 2012

Excellent commentaire. Merci (de la part de l’éditrice)