L’INTRUSA, de Leonardo di Costanzo – 1h35
Avec Raffaella Giordano, Valentina Vannino, Martina Abbate
Sortie : mercredi 13 décembre 2017
À mon avis : 3 sur 5
Le pitch ?
Banlieue de Naples. Giovanna dirige bénévolement un centre d’accueil pour enfants dans un quartier populaire, véritable rempart contre la mainmise de la mafia. Un jour, la jeune Maria, épouse d’un criminel de la Camorra en fuite, vient s’installer avec ses deux enfants dans un baraquement du centre avec l’accord de Giovanna. L’hospitalité qui lui est accordée met la communauté en émoi. Au pied du
mur, Giovanna va devoir faire un choix qui pourrait remettre en cause le sens même de son travail.
2 raisons d’y aller ?
Le portrait d’une ville en crise. Bien sûr, le nom de Naples est intimement lié à la mafia, aux combines et Leonardo di Costanzo nous plonge au cœur de la ville dans un quartier déshérité où les murs ne sont égayés que par les grandes fresques murales dans le coin où survit ce centre d’accueil pour enfants délaissés. Des enfants qui réalisent avec les adultes qui les accompagnent d’étranges silhouettes en papiers collés et peints sur des armatures de ferraille.
Le réalisateur montre avec tact et subtilité comment ce système précaire est construit sur des adultes qui s’impliquent. Le réalisateur parle « des gens qui, en raison de leurs convictions politiques, religieuses ou simplement humanistes, décident de dédier leur vie à une cause sociale. Ils ont à faire avec les pauvres, les déclassés de nos banlieues où le crime organisé est quasi institutionnalisé. Je ne parle pas de ce que les économistes appellent le « secteur solidaire » où, malheureusement, la logique entrepreneuriale prévaut de plus en plus. Ce qui est intéressant, ici, c’est le système de valeurs du bénévolat, de groupes formés de façon spontanée – dans la plupart des cas –, souvent autofinancés et nés d’une forte motivation personnelle. »
Et, par une mise en scène qui peut paraître parfois lente mais qui ne force pas sur les effets sonores – l’irruption du commando de la police est, à cet égard, très réussi – Leonardo di Costanzo parvient à
faire partager l’atmosphère lourde comme du plomb dans laquelle évolue cette société déshéritée.
Un duo surprenant. Portant le film de bout en bout, Raffaella Giordano, la responsable du centre, et Valentina Vannino, l’épouse du meurtrier, forment un duo particulièrement criant de vérité. Avec son regard vert qui vous transperce, Raffaella Giordano exprime parfaitement les tiraillements d’une femme qui doit cohabiter avec « l’Autre », qui porte sur elle la culpabilité de son époux et qui doit aussi supporter le regard des habitants et résister à sa belle famille qui veut la récupérer. Et Valentina Vannino réussit avec une grande économie de jeu, à montrer les blessures profondes de cette jeune femme, seule contre tous. Conclusion du réalisateur : « L’Autre », l’élément étranger qu’on perçoit immédiatement comme dangereux, voilà, me semble-t-il, un thème particulièrement présent dans les temps que nous traversons ».

