CES EFFETS SI SPÉCIAUX

Truquer fait partie du cinéma depuis ses origines et Méliès. Avec Effets spéciaux, crevez l’écran ! (*), dirigé par Réjane Hamus Vallée, on pénètre de plain pied dans l’envers du décor. Un voyage fascinant pour tout amateur de la magie du cinéma.

Ce n’est pas le moindre atout du livre, Effets spéciaux, crevez l’écran ! – qui tient lieu de catalogue à l’exposition de la Cité des sciences et de l’industrie– que de… s’animer sous vos yeux. De fait, certaines pages, réalisées d’après la technique de l’ombro-cinéma, permettent, avec l’aide d’une simple feuille transparente plastifiée, de voir les images s’animer comme par magie. Surprise garantie !

Membre du comité scientifique de l’exposition, Réjane Hamus Vallée a dirigé la rédaction de ce volume très riche et varié qui met l’effet spécial à la portée de tous. On découvre ainsi les techniques de prévisualisation utilisées pour planifier un tournage et de comprendre par exemple comment la technique a évolué rapidement depuis les années 80 où certains superviseurs utilisaient des maquettes à échelle réduite et des caméras miniatures pour tester les plans avec des coûts réduits et anticiper les problèmes techniques qui pouvaient survenir sur un tournage. Ce fut ainsi le cas sur certaines séquences du Retour du Jedi, de George Lucas.

Plus avant, tout un chapitre revient sur la création sonore et des effets qui, à l’origine, étaient créées par des moyens manuels. L’auteur du dossier, Giusy Pisano explique ainsi le fonctionnement du sound design qui, je le cite, « propose une nouvelle interprétation du continuum sonore, dont les ambitions sont aussi vieilles que le cinéma sonore. » Cette mise en scène du son permet de lui conférer une dimension dramaturgique et elle envahit désormais le cinéma mais aussi les jeux vidéo, les publicités… Entre autres.

Bien entendu, la technologie du numérique a permis une vraie révolution des effets spéciaux, même si leur fabrication repose sur des compétences complexes et impliquent  des centaines d’artistes-techniciens qui peuvent appartenir à plusieurs studios et sont hyper spécialisés. Par exemple, sur le tournage du film de George Miller, Happy Feet (2006), ce sont des acteurs qui interprètent les mouvements qui ont servi à l’animation des manchots.

Enfin, les séquences intitulées « Retour vers le passé » reviennent sur les bidouillages des précurseurs du genre, dont Méliès, artisan-magicien, fut le précurseur , dès 1897, dans sa propriété de Montreuil, en banlieue parisienne. C’est lui qui eut, par exemple, l’idée de l’accélération des scènes ou de la différence de taille des personnages dans la même séquence. Des expérimentations artisanales dont on est encore bluffé aujourd’hui par leur inventivité et leur rendu.

Bourré de croquis et d’illustrations, ce catalogue livre bon nombre de secrets de ce qui rend le cinéma si magique. Et montre comment l’innovation technique permanente est une donnée essentielle et permanente du 7ème art. Passionnant.

(*) Ed. La Martinière

Le Mélomane, de Méliès (1903)

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