LE SERPENT AUX MILLE COUPURES, d’Eric Valette – 1h46
Avec Tomer Sisley, Terence Yin, Pascal Greggory
Sortie : mercredi 5 avril 2017
Je vote : 2 sur 5
Sud Ouest de la France, hiver 2015. Un motard blessé quitte les lieux d’un carnage. Le mystérieux fugitif trouve refuge chez les Petit, une famille de fermiers qu’il prend en otage. A ses trousses : des barons de la drogue colombiens, le lieutenant colonel Massé du Réaux, et un tueur à gage d’élite, qui sont bien décidés à le neutraliser, par tous les moyens. L’homme a déclenché une vague de violence dont personne ne sortira indemne…
Que penser de ce polar ?
Adaptaté du roman noir du même nom, paru en 2009 et signé DOA, un auteur français qui a notamment officié sur la série Braquo – dont Eric Valette a signé quatre épisodes – ce film avait un atout (surtout avec le système de production belge) : permettre un tournage dense et court avec un décor simple. Et c’est DOA qui a participé à l’adaptation avec une modification de taille face au texte original : l’action du livre se déroule juste après les événements du 11 septembre 2001 alors que l’intrigue se situe sur grand écran dans une période plus récente.
Indéniablement, on voit qu’Eric Valette n’a pas perdu la main quand il s’agit de filmer des univers nocturnes, des bars miteux et une humanité qui n’a rien de reluisant. Il utilise avec un certain brio le climat raciste qui se développe dans les campagnes et développe une haine certaine de l’autre.
Et il a une certaine maîtrise dans les scènes d’action même si la séquence finale est prévisible assez vite avec son côté de western en plein sud-ouest. On peut être plus mesuré concernant une certaine complaisance dans les scènes de violence un brin inutiles et où la suggestion a toujours plus d’impact que le réalisme le plus cruel.
En revanche, le film pêche par de vrais baisses de rythme. D’abord, si l’on n’est pas familier de l’univers de DOA, on a un peu de mal à comprendre qui est le mystérieux personnage campé par Sisley (il s’agit d’un soldat d’élite que son propre camp cherche à piéger, l’obligeant à partir en cavale). Et l’ouverture où l’homme blessé parvient à se défaire de trois tueurs
assermentés semble peu crédible.
Et si le réalisateur retrouve avec bonheur Stéphane Debac (qui jouait déjà dans La Proie, fort réussi), certaines comédiens tombent un peu à coté de la plaque, notamment Pascal Gregory qui joue les gendarmes fatigués et semble se demander ce qu’il fait dans cette histoire.
En revanche, les scènes avec la femme retenue en otage et sa petite fille sont assez justes et bien jouées. L’atout du casting, c’est ce tueur du cartel, campé avec élégance et mystère par Terence Yin dont le visage est d’une froideur inquiétante. Ses apparitions confèrent à ce thriller un côté sombre en diable. « Je l’avais vu dans des films de Johnnie To ou Takashi Miike notamment, et je trouvais qu’il avait une allure intéressante, un charisme indéniable. Surtout, dès nos conversations préliminaires, j’ai compris qu’il n’avait pas peur du rôle, de ce personnage fou et tourmenté que d’autres acteurs asiatiques auraient pu refuser car ils se méfient beaucoup des stéréotypes et de jouer « le méchant chinois de service », souligne Eric Valette
Bref, si le scénario, avec les références justes aux agissements des cartels de la drogue d’Amérique latine, ne manque pas d’intérêt, l’ensemble est trop décousu pour nous tenir en haleine. Et ce polar finit pas sembler longuet.


