Dans Steve Jobs, qui sort le 3 février, Danny Boyle, le cinéaste de Slumdog Millionaire, propose un biopic original du créateur complexe à cerner de la mythique Apple. Retour sur un tournage audacieux.
Avant Danny Boyle, David Fincher rêvait de tourner le biopic de Steve jobs mais il a tourné la page par peur de donner une image moins consensuelle du patron d’Apple, devenu une icône planétaire. En s’appuyant sur le scénario d’Aaron Sorkin, Danny Boyle a choisi de décrire la vie de Jobs quelques minutes avant les lancements de trois des produits phares de la marque : le Macintosh, en 1984; le NeXTcube en 1988, et l’iMac en 1998. Sans doute parce que, dans ces moments de tension particuliers pour un tel bonhomme, le stress joue un peu comme un révélateur. Commentaires du cinéaste : « Comme il l’avait fait avec Mark Zuckerberd dans The Social Network, Aaron Sorkin a eu le courage de montrer une nouvelle fois la part sombre du génie. »
Pour camper Jobs, le cinéaste a eu l’idée de faire appel à Michael Fassbender, qui l’avait étonné dans Hunger, de Steve McQueen. « Il possède la même intransigeance que Steve Jobs. J’avais conscience que ce rôle, avec ses pages de texte, était plus dur à appréhender qu’Hamlet ou le Roi Lear réunis. Je ne peux pas dire à Michale Fassbender comment jouer. On en a discuté, bien sûr, mais, c’est un voyage qu’il a dû entreprendre seul. »
Avec le choix de focaliser sur trois temps forts de la vie de la firme, trois lancements de produits, le réalisateur a opté pour un tournage théâtral. Si, au départ, la majeure partie du scénario se passait dans la loge de Steve Jobs, le cinéaste a voulu se servir de tous les décors possibles d’un théâtre, un lieu, s’il en est, riche en recoins. Le cinéaste souligne : « J’adore les théâtres : ce sont des lieux très dramatiques qui offrent une variété de décors. » Avec un comédien tel que Michael Fassbender, jouer n’est ici pas affaire de copiage et de maquillage. Au lieu d’imiter, l’acteur a voulu en restituer, non sans brio, son aura. Un être qui n’était pas réputé pour sa capacité à entretenir des relations humaines simples.
Pour ce qui voudrait retrouver la vie du célèbre industriel par le menu, une biographie de Daniel Ichbiah, Steve Jobs (*) retrace ce destin si particulier d’un créateur qui était fan de Bob Dylan. Dans sa préface, le philosophe Michel Serres revient justement sur l’originalité du personnage dans le monde industriel : ‘Lorsque l’on parle de la désindustrialisation de la France, c’est tout simplement parce que les HEC l’emportent sur les Centraliens ou les Polytechniciens. C’est une
vraie catastrophe parce que le profit n’est pas la seule chose qui compte. La raison pour laquelle on achète des pneus d’une certaine marque, c’est parce que ce sont de bons pneus, ce n’est pas parce que le bilan de l’entreprise est sain. Steve Jobs a su imposer ses idées contre le bilan, c’est formidable. J’ai trouvé cela remarquable. Il y a d’autres aspects que j’aimerais aussi évoquer. Steve Jobs était un type qui vivait de façon tout à fait simple. On le croisait dans les rues, on le rencontrait dans les cafés… Il ne roulait pas en Jaguar. »
(*) Ed Delpierre

