RED ROSE, de Sepideh Farsi – 1h
Avec Mina Kavani, Vassilis Koukalani
Sortie : mercredi 9 septembre 2015
Je vote : 4 sur 5
Téhéran, juin 2009, au lendemain de l’élection présidentielle usurpée. La « Vague verte » de contestation s’abat sur la ville. Un appartement sert de refuge provisoire dans la mêlée. Un homme et une femme, Sara et Ali, de deux générations différentes, ont un téléphone portable et un ordinateur pour relayer les nouvelles de la révolte. Leur histoire d’amour bouleversera le cours de deux existences.
Et alors ?
Avec une grande économie de moyens et l’idée forte de ce huis-clos amoureux entre deux êtres qui ont vécu la contestation politique à deux époques très différentes en Iran – celle du Chah et celle du régime des mollahs – Sepideh Farsi joue à merveille sur l’opposition entre les émeutes dans la rue et la soudaine passion de l’histoire intime à l’intérieur de cet appartement. Un lieu où les rumeurs des manifestations surgissent de façon diffuse grâce aux images des téléphones portables qui ont joué un grand rôle durant les évènements de 2009. La cinéaste souligne : « Il
n’était pas question de reconstituer les manifestations ! Ces images d’archives représentaient un matériau brut porteur d’une énergie et d’une vérité impossibles à recréer. Filmées par des anonymes, ces images ont été vues par des millions de gens de par le monde grâce à Internet, elles nous étaient presque devenues familières, même si elles ont été un peu oubliées depuis… Utiliser ces images, c’était aussi rendre un hommage à tous ces gens qui ont risqué leur vie pour témoigner, en l’absence de journalistes professionnels, puisque le régime iranien avait chassé tous les reporters étrangers au lendemain de l’élection. » Des images montrant comment, après les élections truquées de 2009, le régime de Mahmoud Ahmadinejad a tout fait pour mettre un terme à ce vent de liberté qui préfigurait les printemps arabes à venir.
En établissant des parallèles avec la répression à la fin du régime du Chah d’Iran, Sepideh Farsi signe un récit d’une grande force avec, pour fil directeur, le portrait puissant d’une femme qui se bat, remarquablement incarnée par Mina Kavani. On comprend qu’elle n’ait pu tourner son film en Iran, eu égard à cette défense de la liberté sexuelle des femmes iraniennes. La réalisatrice poursuit : « Certainement parce qu’elles sont soumises à une pression très forte, les jeunes femmes iraniennes sont plus débridées que les hommes, je dirais encore plus avides de liberté : elles veulent vivre ! C’est un peu ce que je montre dans le personnage de Sara, et c’est aussi le message que porte le film tout entier. »
Sans grand discours mais avec sa manière directe mais subtile de filmer cette passion amoureuse dans un huis clos, Sepideh Farsi signe une histoire politique forte qui rappelle comment les Iraniens vivent aujourd’hui sous la férule d’un pouvoir très autoritaire.


