L’ABRI, de Fernand Melcar – 1h41
Documentaire
Sortie : mercredi 4 mars 2014
Je vote : 3 sur 5
Le sujet ?
Un hiver au cœur d’un hébergement d’urgence pour sans-abris à Lausanne. A la porte de ce souterrain se déroule chaque soir le même rituel d’entrée qui donne lieu à des bousculades parfois violentes. La tâche du personnel ? « Trier les pauvres » : femmes et enfants d’abord, hommes ensuite –de tous horizons, et de plus en plus d’Europe… Alors que la capacité totale de l’abri est de 100 places, seuls 50 seront admis à l’intérieur et auront droit à un repas chaud et à un lit…
Ce qui touche dans doc ?
La description de la vie des migrants économiques. Familier d’un cinéma
documentaire politique et social – La Forteresse et Vol Spécial ont été remarqués dans bien des festivals – Fernand Melgar récidive en filmant le quotidien de la vie de centre d’hébergement d’urgence. Il souligne : « Chaque nuit, au mépris de la plus élémentaire dignité humaine, des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont contraints de dormir à la rue dans ma ville. Cela se passe tous les jours, ce soir, demain, après-demain, à perpète. En me plongeant dans cette réalité ignorée, il m’est apparu urgent que cette extrême précarité puisse faire l’objet d’un film. »
Une manière de voir et de montrer. Fernand Melgar signe un cinéma engagé et place sa caméra au plus près des acteurs de ce drame quotidien. De la sorte, il ne travestit pas la réalité, montre aussi bien les moments violents quand les émigrés tentent d’entrer coûte que coûte, ou quand ils échangent entre eux des propos xénophobes, que le travail quotidien des employés débordés devant tant de misère. Pour mémo, l’Europe compte 4,1 millions de sans-abri. Rien qu’en France, leur nombre a augmenté de 44 % depuis 2001.
Et quand il saisit les conversations du responsable de l’abri, évoquant son menu de Réveillon, alors que ceux de l’Abri subsistent au jour le jour, on mesure, sans grand discours, comment le fossé se creuse dramatiquement en Europe entre ceux qui ont tout et les autres.
Comme dans ses autres documentaires, ce qui touche chez Fernand Melgar, c’est le regard humain qu’il porte sur ceux qu’ils filment et sur la place qu’il accorde au témoignage des uns et des autres. Ainsi quand Julien, un fonctionnaire de l’Abri, dit : « Quoi que tu fasses, c’est injuste. On est censé accueillir les gens, mais on doit les repousser et leur crier dessus chaque soir. » Le pire est, sans doute, quand il faut séparer les familles, les hommes devant rester dehors, alors que la capacité du centre est assez grande.
En filmant aussi bien le personnel de l’Abri au quotidien que ces émigrés dans la vie quotidienne et dans leur recherche de travail, tout en donnant le change à la famille restée au pays, Fernand Melgar montre, une fois de plus, la fissure profonde qui parcourt la société européenne avec cette nouvelle vague de flux migratoire, essentiellement composé de migrants économiques, victimes de la crise.

