Marseille, la cité de la violence

Capture d’écran 2013-02-28 à 18.42.10Marseille story, une histoire de la violence,

Documentaire de Christophe Lancellotti et Jérôme Pierrat

Diffusion : mercredi 6 mars 2013, 20h45 sur Planète +

Journaliste spécialisé dans le banditisme, Jérôme Pierrat mène l’enquête sur l’origine de la violence en Corse et à Marseille. Première escale du côté de la Canebière où la violence ne date pas d’hier.

Il suffit de regarder les actus télévisées depuis un an : Marseille ne fait pas parler d’elle que comme capitale culturelle européenne. C’est aussi une ville où l’on « fume » facilement dans certains quartiers . Et pas seulement les plus pauvres. En 2012, la violence a fait 24 victimes. De là à reprendre le couplet de Marseille, nouvelle Chicago, il n’y a qu’un pas, souvent franchi par les médias. La violence serait-elle alors une spécialité marseillaise ?  En tout cas, elle ne date pas d’aujourd’hui. Fort justement, Jérôme Pierrat montre comment déjà Louis XIV avait fait construire les deux forts qui encadrent le Vieux Port pour surveiller une ville rebelle. Une image que ne répugne pas à cultiver les Marseillais eux-mêmes. Le reporter souligne : « Marseille n’est pas une ville comme les autres. Humainement, elle ne l’est pas. »

A l’aide d’images d’archives, ce doc rapporte comment cette ville de passage par excellence qu’est un port a vu passer sur ses quais bien des richesses mais aussi bien des misères, attiré une foule de migrants qui n’ont jamais été bien accueillis. Italiens d’hier, surnommés avec mépris « les babis », maghrébins aujourd’hui : quand la crise frappe, l’étranger est toujours montré du doigt. Comme le note un reporter de « La Marseillaise »,  les roms pourraient bien être demain les nouvelles victimes expiatoires…

Assez classiquement, et ce doc le montre,  les responsables politiques -hier Gaston Defferre, aujourd’hui Jean-Claude Gaudin du côté de la mairie- critiquent l’impartialité des journalistes quand les médias pointent le violence et les dérives mafieuses de la ville. Mais, il faut bien le reconnaître, comme le souligne le procureur de la République de la ville, Jacques Dallest, la capitale phocéenne se distingue par des pratiques violentes supérieures à d’autres villes de France.   De Marseille, il dit : « C’est une ville volcanique ». Malgré sa faconde et son art de l’esquive,  Jean-Claude Gaudin ne 35donne pas vraiment de réponses quand il parle de la géographie d’une ville très étendue et dont, comparée à celle de Paris, la superficie couvrirait une zone allant d’Orly à Roissy pour signifier qu’il faudrait reconsidérer l’amplitude des actes violents de la cité phocéenne.

En multipliant les interviews de magistrats, d’historiens, de sociologues, de journalistes, ce doc apporte quelques explications carrées à la situation : rivalités de bandes mafieuses depuis des temps lointains, crise sociales qui frappe durement certains quartiers de la ville où le chômage peut être très supérieur à la moyenne nationale (14,1 en moyenne mais beaucoup plus dans les quartiers nord…)  Ainsi 28 % des habitants vivent au dessous du seuil de pauvreté et dans une cité comme celle de Bassens, où nous confie le reportage, le taux de chômage dépasse les 60 % ! Une ville riche du côté de la Corniche, du Roucas Blanc et les quartiers sud mais qui est coupée en deux et où les édiles de tout bord ont laissé cette misère perdurer.

Bref, la violence à Marseille n’a pas une cause mais des causes et le mal semble assez profond pour être inquiétant comme le souligne ce documentaire riche et qui aurait gagné à ne pas céder à la facilité de personnaliser le reporter à l’image. Comme s’il jouait dans un film de gangster… C’est le seul bémol dans une enquête riche qui montre qu’à Marseille, plus qu’ailleurs peut-être, la réalité sociale joue un rôle déterminant.

Info +/Les rediffusions

Jeudi 7 mars à 13H40
Vendredi 15 mars à 20H45
Samedi 16 mars à 16H25
Mardi 19 mars à 13H30
Lundi 25 mars à 13H35

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