Au départ, le personnage central était masculin mais, au fil de l’écriture, Pedro Cabeleira a changé son fusil d’épaule et choisit Laura comme fil directeur, pour ne pas être prisonnier de la masculinité toxique présente dans l’histoire. Si le film n’échappe pas à quelques longueurs, dans la mesure où ses histoires de rivalités sur fond de dope sont un peu répétitives, il offre un grand réalisme qui repose, sans doute, sur des dialogues qui ont laissé se jouer l’improvisation, et sur un montage qui évoluait après coup pour en restituer l’intensité.
Et il dresse un portrait saisissant du quotidien de ces laissés-pour-compte, où l’on bascule vers la délinquance et où le racisme fait partie du quotidien (ici, ce sont les gypsies qui sont montrés du doigt), de l’alcoolisme où l’on noie sa mélancolie et son désespoir.
Ne serait-ce la longueur pas toujours justifiée, ce drame touche par son côté brut et le jeu de ses acteurs, Ana Vilaça en tête qui peut passer de l’expression d’une certaine tendresse à une vraie violence, ainsi qu’en témoigne la séquence d’entraînement dans le club de boxe ou ses réactions dans la boîte de nuit face à un mec très lourd.
À la manière d’un Ken Loach, Pedro Cabeleira sait capter avec un grand réalisme la vie de ces marginaux qui tentent de tenir la tête hors de l’eau.
