Une fois encore, et après sept ans loin du cinéma, Gus Van Sant retrouve le sens du rythme et du montage avec un jeu d’angles, de cadres qui confèrent à sa mise en scène une vraie inventivité, le tout baignant dans une photographie verdâtre. Comme dans une partition de jazz, le cinéaste joue sur un sens du décalage avec, en contrepoint permanent, la relation téléphonique entretenue par Tony avec un célèbre animateur de radio jazz. Et où beaucoup d’émotions passent par les voix.
Entouré d’une flopée de rôles dits secondaires qui densifient l’histoire, Bill Skarsgård signe une composition saisissante, car capable de passer d’une nervosité totale à un calme apparent. Quant à Al Pacino, dans le rôle du père de preneur d’otages, il joue un patron d’un cynisme absolu, y compris quand il s’agit de la vie de son fils. Avec lui, l’intérêt financier passe avant tout et il n’éprouve ni regret, ni pitié.
Vision ironique du monde capitaliste dans toute sa splendeur, La Corde au cou est aussi une réjouissante critique du monde médiatique, déstabilisée par un monsieur tout le monde qui se joue – déjà l’époque – des codes du genre. Et qui doit sa survie à la relation ancienne avec un officier de police car un tireur d’élite aurait pu facilement venir à bout de lui.
