Un Président qui doute

Sur le ton de la comédie – certaines répliques, certaines situations ne peuvent que faire sourire, voire rire comme les séquences où apparaît sa vieille amie (Milvia Marigliano), critique d’art au franc parler redoutable, qui aurait pu jouer dans un film de Fellini – Paolo Sorrentino décrit le théâtre d’ombres du palais du Quirinal, la résidence du Président où les échos de la vie politique italienne ne parviennent que de loin, où l’édile est entouré d’une petite équipe soudée et familière. Ainsi avec le colonel de la sécurité qui l’accompagne dans ses pauses tabagiques où s’occupe du magnifique étalon qui est en fin de vie et dont le Président a bien du mal à ordonner l’euthanasie.

Pour signer un tel film sur le doute, avec une mise en scène qui donne le temps au temps, comme pour symboliser que le chef d’état ne fait rien dans l’urgence, il fallait un acteur de la trempe de Toni Servillo, une fois de plus auteur d’une prestation remarquable et qui fait passer toute l’onction de la fonction, sans pour autant se départir de l’humanité de ce Président qui déprime un brin. Un homme attaché à son port d’attache le théâtre et qui vient au cinéma pour des rôles qui signifient quelque chose. Il souligne : « Travailler avec Sorrentino, Bellocchio, Garrone, Martone, c’est participer à un cinéma qui interroge son époque, pas un cinéma qui se regarde lui-même. » Et d’ajouter : « Je n’aime pas la provocation. J’aime la nuance, la rigueur, la profondeur. » Tout comme ce Président auquel il donne vie avec panache et qui lui a valu de recevoir la Coupe Volpi du meilleur acteur au dernier Festival de Venise.

Avec une caméra capable de s’attarder sur l’expression d’un visage – et celui de Toni Servillo est capable de les multiplier – ou de capter l’incongruité d’une séquence (la scène splendide de banquet avec les chasseurs alpins), Paolo Sorrentino signe une réflexion subtile sur le pouvoir et les dilemmes moraux qu’affrontent un tel Président. Par ailleurs, dans ce portrait d’un vieux routier de la politique, le cinéaste italien sait utiliser – et sans que cela fasse gadget – le rap en contrepoint pour symboliser le monde dit « moderne ».

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