Pour autant, une reconstitution soignée à la manière de Hollywood ne parvient pas à restituer l’émotion et l’horreur de ce procès historique. Il est vrai, on a vu mille fois des reconstitutions avec des plans larges très soignés (comme dans l’arrestation de Gohring par des soldats américains sur une route de campagne) , des scènes d’intérieur aux couleurs poussiéreuses, les éclairs de musique pour surligner certains séquences… Ce qui est redoutable, c’est que le moment le plus fort, c’est quand le président du tribunal fait diffuser le reportage sur la découverte des camps d’extermination : Nazi Concentration Camps. 6 minutes insoutenables d’images de charniers et de survivants squelettiques qui ont été présentés dans son intégralité en 1945 lors du procès. De fait, jamais la fiction ne pourra restituer, avec une telle imagerie hollywoodienne, l’horreur de la réalité.
En prime, la relation malsaine entre Göring et le psy, que l’on sent fasciné par le dignitaire du Reich, met mal à l’aise tant le compagnon du Führer le domine : « Je suis le livre, lui lance-t-il avec mépris, vous êtes la note en bas de page. » Ce qui n’est pas historiquement faux, comme le montre la chute de l’histoire. En prime, le psy va servir d’intermédiaire entre le prisonnier et sa petite famille, une relation-fascination présentée sans aucun recul. Quant à la séquence de pendaison finale, elle est filmée de manière très racoleuse.
Le plus intéressant dans l’affaire, c’est la prestation d’un Russell Crowe qui, tel un gros chat, sanglé dans un costume impeccable, allie une suffisance permanente à un esprit rusé et retors. Il est le Mal incarné.
Pour le reste, sans être indique, l’opus ne laisse pas un souvenir impérissable et la fin, en forme d’allusion sur le présent, fait un brin plaquée. Un tel sujet aurait mérité une mise en scène et un scénario nettement plus audacieux.
