Filmant toutes les tensions de la vie, l’acte amoureux en étant un ultime sans doute, Abdellatif Kechiche met en parallèle, comme à l’accoutumée, plusieurs récits qui s’entrechoquent avec, au cœur du drame, le projet de scénario de Amin (parfait Shaïn Boumedine), son Graal personnel. Le tout avec un sens consommé des scènes chorales.
Pourtant, malgré l’implication des comédiens et un casting solide, Canto due ne parvient pas à vraiment nous concerner, tant les marottes du cinéaste deviennent prévisibles. Certes, il sait glisser sa caméra au cœur des familles dans un quotidien le plus « banal », capter les petits riens qui font l’existence, mais ici la trame policière a du mal à prendre, tant les situations sont caricaturales : les locaux roulent dans une splendide berline, le couple des Américains occupent une villa de rêve avec piscine, ouverte à tous les vents, les pandores semblent sortis d’une série télévisée…
Enfin, on retrouve l’obsession voyeuriste d’un cinéma qui aime filmer un personnage en train de regarder couple faire l’amour en s’attardant sur les corps et les visages qui jouissent. Alors, au terme d’un long film, malgré certaines qualités esthétiques (la bergerie l’inspire visiblement), malgré des images nostalgiques et poétiques sur l’image argentique, on se dit : tout ça pour ça…
