Guitry, c’est aussi une fascination les grandes figures, avec un goût pour concevoir un univers choral avec une manière bien à lui de jouer un écrivain public qui feuillette un livre d’images. On le voit bien sûr avec Si Versailles m’était conté (1954), fresque de 2h45 portée par un casting du tonnerre où Orson Welles se retrouve au générique au côté de Brigitte Bardot, Edith Piaf, Gérard Philipe… Et il faut redécouvrir un film moins connu, Remontons les Champs-Élysées, et son scénario original une fois encore. Lors d’un cours de mathématiques, un instituteur (Guitry bien sûr) interrompt sa leçon pour entreprendre de relater à ses jeunes élèves l’histoire des Champs-Élysées, de la place de la Concorde en 1617 à la place de l’Étoile en 1938. C’est aussi l’occasion pour le cinéaste d’évoquer ce père, le célèbre Lucien Guitry, dont l’ombre plane sur son œuvre.
Ce rapport du fils au père est au cœur du très beau Deburau, portrait vibrant de ce mime reconnu, bouleversé par l’amour d’une admiratrice qui n’est pas femme d’un seul homme. Le cœur brisé, le célèbre histrion consacre sa vie à enseigner à son fils tout son art. Dans ce film qui est aussi un hommage appuyé à la force expressive du théâtre, Guitry évoque une fois encore l’ombre tutélaire et écrasante de ce père si célèbre. En tout cas, au cinéma comme au théâtre, Guitry a réussi à se faire un prénom…
