L’utilisation magnifique du noir et blanc contrasté renforce la dramaturgie d’un récit où le soleil et l’autre personnage du drame, tant Camus fait ressentir son poids sur la personnalité d’un Meursault qui semble le craindre. On le mesure notamment dans l’enterrement de la mère écrasé de chaleur avec les rares personnes présentes marchant lentement au milieu de la rocaille.
Benjamin Voisin campe avec beaucoup d’autorité ce bel indifférent qui semble spectateur de sa propre vie et du drame qu’il provoque et dont Ozon filme avec insistance le corps bruni par le soleil méditerranéen qui écrase tous les décors. Quant aux autres rôles, ils sont au diapason. Outre Rebecca Marder, Pierre Lottin, en maquereau grande gueule, et Denis Lavant, étonnant vieil homme au chien pelé, servent parfaitement l’histoire.
Reste la partie si difficile à traduire à l’écran du roman de Camus et cette philosophie de l’absurde, ce regard distancié à la Emmanuel Bove (un autre écrivain de l’absurdité) sur la vie. C’est aussi pour ça que personne ne s’était risqué à adapter ce roman et c’est là-dessus que François Ozon n’est pas, malgré les qualités esthétiques indéniables de son film, parvenu à une totale réussite. Ainsi, le rêve-cauchemar de guillotine de Meursault apporte dans cette dramaturgie un élément grandiloquent et à l’esthétique gratuite qui n’était pas vraiment nécessaire. Comme si une image au symbolisme un peu pesant venait atténuer l’épure de cette marche vers la mort.
Pour les amateurs de musique originale, celle du film, signé de la musicienne koweïtienne Fatima Al Qadari avec un mélange de boucles électroniques et de sonorités plus organiques sortira le 31 octobre (Disque Milan).
