Là où le film – qui évoque les douze dernières années de la vie du couple- dérape , c’est dans la vision d’un quotidien où l’actrice s’abime dans le tabac et l’alcool, et ne parvient pas à surmonter l’adultère de Montand avec Marilyn Monroe, évoquant même la possibilité d’un enfant perdu par les amants célèbres. De fait, et malgré la prestation absolument magistrale de Marina Foïs dans le rôle, Simone Signoret apparaît comme une pure victime, un peu incapable de se défaire de l’emprise d’un Montand, monstre d’égoïsme, malgré l’amour qu’il continue d’avoir pour l’interprète de Casque d’or. Sans elle, Montand n’aurait pas connu une telle carrière, ni acquis une telle conscience politique. Roi de la mauvaise foi, quand il répond à une interview sur la liaison avec Marilyn, il esquive d’une formule terrible : « Tu sais quand tu vis avec quelqu’un depuis aussi longtemps, tu sais plus vraiment si c’est ta femme, ta meilleure amie, ta pire ennemie. Tu sais juste une chose, tu ne peux plus vivre sans elle. »
La réalisatrice a su habilement utiliser les lieux familiers du couple – de la Place Dauphine où se trouvait son appartement au restaurant Paul ou Chez Prunier sans oublier la Colombe d’Or à Saint-Paul-de-Vence – pour être le plus réaliste possible mais, cela tourne un brin à l’exercice de style. Elle parvient néanmoins à bien restituer la vie de la bande des copains, et une atmosphère à la Sautet, avec notamment l’amitié très forte entre Reggiani et Signoret ou les discussions avec le couple en crise formé par Marie et Jean-Louis Trintignant. Autre souci d’exactitude : la musique originale qui est l’œuvre de Philippe Sarde, ayant composé les musiques de tous les films évoqués dans le film, dont La Vie devant soi.
Ayant choisi d’évoquer les menaces qui ont plané sur la vie de ce couple si médiatisé, Diane Kurys signe un biopic travaillé, mais qui, tout en montrant le côté Minotaure d’un Montand sans complexe, réduit un peu trop Simone Signoret à cette épouse délaissée et qui oublie ses blessures dans l’alcool, doute en permanence, notamment quand elle écrit son livre de souvenirs. Un sentiment mitigé donc naît à l’issue de la dernière image du film.
