Le jazz, une arme politique

Au cours de ses recherches, Johan Grimonprez a pu récupérer des images inédites obtenues par l’entremise du réalisateur russe Alexander Markov (Our Africa en 2018) et qui était en contact avec des cinéastes ayant tourné de nombreux films dans plusieurs pays d’Afrique dans les années 60. Mieux, il a découvert un enregistrement trouvé dans les archives du département d’études diplomatiques de l’Université Columbia, dans lequel William Burden – ex-ambassadeur des États-Unis en Bruxelles mais aussi agent de la CIA- appelait clairement à éliminer le Premier ministre du Congo, Patrice Lumumba.

Optant pour un documentaire long, le cinéaste propose une somme impressionnante d’informations et il réhabilite en prime Andrée Blouin, totalement oubliée de l’Histoire alors qu’elle était une fervente partisane du panafricanisme.

Le tour de force de l’opus, c’est le mariage passionnant et porteur de sens de l’image et du son. Ainsi, il montre comment certains jazzmen noirs ont été instrumentalisés par le pouvoir américain dans cette lutte contre les idées d’indépendance. Et comment un Louis Armstrong s’est finalement élevé contre la chose, menaçant même de changer de nationalité ! Il y a aussi des trouvailles comme la séquence où le célèbre martèlement de Nikita Khrouchtchev à la tribune de l’ONU rythme la mesure d’une syncope de jazz.

Aussi inventif dans sa réalisation que, politiquement, très riche, ce documentaire propose une lecture singulière de l’Histoire de la décolonisation en Afrique.

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