Dans le « ventre du tribunal »

Le résultat est tout à faire prenant. A la manière d’un Depardon, le duo – déjà réalisateurs de Des hommes, remarquable, sur la prison des Baumettes, en 2020 – se fond dans le décor pour capter les moments de vie, de détresse aussi de cette société où si la drogue est au cœur des affaires, elles évoquent aussi la violence, la prostitution.

Sans angélisme, ce doc fait le constat des fractures profondes d’une France où, si les prévenus sont loin d’être innocents, on mesure, à travers le court entretien de l’enquêteur social, à quel point il y a une misère sociale. « J’ai tout foiré, ma vie est fichue… » lance un jeune prévenu. « La délinquance n’est pas une question de couleur de peau ou d’origine, c’est une question de pauvreté, une question de survie parfois. Ce qu’on a filmé-là, c’est une réalité brutale, » souligne Jean-Robert Viallet.

Du côté de la Cour, il faut une bonne dose de philosophie au Président du Tribunal pour ne pas réagir devant certains arguments farfelus de défense, des contradictions qui sautent aux yeux, et une mauvaise foi à toute épreuve. Parfois, on a le sentiment d’être dans un film d’Audiard, comme dans la séquence avec ce sexagénaire à l’accent prononcé et aux allures de père tranquille, mais qui a investi dans le transport de dope et joue pourtant l’étonné.

La plongée dans le « ventre du tribunal » montre à quel point notre société est malade et qu’il manque une vraie volonté politique pour réduire les causes de cette délinquance. Un doc nécessaire porté par une réalisation impeccable.

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