La force du propos, qui se situe dans un bel équilibre, à la frontière de la fiction et du documentaire c’est de ne pas sombrer dans l’apologie du parcours de cette jeune femme perdue tout en nous faisant éprouver une forme d’empathie pour cette jeune femme à la psychologie complexe et qui bascule soudain vers une pratique religieuse stricte comme le montre la séquence forte du contrôle d’identité par une jeune policière black. « Personne ne m’écoute dans ce pays de merde » lance la jeune femme qui ne trouve pas sa voie et qui va être suspectée d’être la première femme kamikaze en Europe ! Évoquant sa rencontre avec la mère de la vraie Hasma, elle raconte le but de son film : « Je ne venais pas pour diaboliser l’Islam, mais pour comprendre ce qui avait pu pousser quelqu’un à emprunter une voie aussi destructrice. »
Le film montre bien d’ailleurs comment un cousin peut la convaincre de changer de camp par la seule force de son discours aussi fanatique que doux. Montrant bien comment une enfance brisée, traumatisante, peut bouleverser les personnalités, la cinéaste signe un film qui décrit la spirale de la violence, et d’abord psychologique.
Un drame qui est porté aussi par des comédiens parfaits. Les deux jeunes sœurs, Lorenza Grimaudo, Ilonna Grimaudo, sont étonnantes de justesse dans toutes les séquences. Quant au choix de faire incarner Hasma par trois actrices différentes (dont la réalisatrice elle-même et Mouna Soualem dont la palette de jeu est étonnante), il crée une distance singulière avec le personnage principal et interroge aussi la couverture médiatique de tels évènements. Commentaires de la cinéaste qui fut aussi journaliste : « Lorsque j’ai découvert que de fausses informations circulaient dans tous les principaux médias, qui présentaient Hasna comme trois femmes différentes à différents moments, j’ai décidé de renverser leur erreur et de permettre à trois femmes différentes d’incarner Hasna. Chacune d’entre elles nous donne un aperçu de la femme qu’elle essayait de devenir. »
Nous mettant au plus près de Hasna, Dina Amer signe un film aussi puissant que dérangeant.
