Israël : la « belle vie » ou « la nuit »

CINÉMA : MERCREDI 17 SEPTEMBRE 2025

OUI, de Nadav Lapid – 2h30

Drame avec Ariel Bronz, Efrat Dor, Naama Preis, Aleksey Serebryakov

Score : 4/5

Le scénario

Israël au lendemain du 7 octobre. Y., musicien de jazz précaire, et sa femme Jasmine, danseuse, donnent leur art, leur âme et leur corps aux plus offrants, apportent plaisir et consolation à leur pays qui saigne. Bientôt, Y. se voit confier une mission de la plus haute importance : mettre en musique un nouvel hymne national.

Mon avis –Loin des yeux mais pas des préoccupations et des interrogations politiques. Installé désormais à Paris, Nadav Lapid signe avec Oui un film nerveux, presque hypnotique sur son pays marqué par la violence d’État et la guerre à Gaza après l’attaque sanglante du 7 octobre. C’est donc presque une réponse cinématographique à la situation politique dans son pays natal, signé d’un cinéaste courageux qui, après avoir souvent parlé de personnages qui s’opposent (on se souvient du remarquable Le Genou d’Ahed en 2021) , évoque à travers ce musicien un brin raté un homme qui se soumet, qui accepte les directives du pouvoir, même si cela doit le briser intérieurement.

Par une mise en scène nerveuse, des plans volontairement saccadés, des cadrages qui tremblent, le cinéaste place le spectateur au cœur d’une violence quotidienne avec des individus qui n’osent pas vraiment affronter la réalité. « Je dois aimer ce que je vois... » tente de se persuader Y qui, contrairement à son épouse, accepte de mettre en musique une chanson va-t-en-guerre, qui prône la destruction totale de Gaza.

Tout au long du film, malgré certaines images de luxe et de volupté, la violence de cette société israélienne en pleine crise se ressent presque viscéralement. La violence idéologique aussi : que ce soit l’affrontement par chanson interposée entre Y… et un officier de Tsahal dans la fête d’ouverture – une séquence d’une rare force qui donne d’emblée le tempo – ou dans le plan silencieux où l’on voit de loin des familles très religieuses arpenter le désert en chantant, en missionnaire d’une idéologie politique.

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